Publication chapitre 10

Yai Malena Jñani*

Voici le deuxième livre, le chapitre 10. Il est tiré du premier tome de Aouma Sutra. Si tu aimes, tu n’as qu’à cliquer sur ce lien pour choisir le format désiré. Aouma Sutra est disponible dans les populaires formats ePub et Kindle. Tu peux le télécharger gratuitemenà partir d’Amazon, Smashword, Kobo, iTunes et autres. Sur cette page, tu as les liens vers les distributeurs incluant ceux mentionnés.

Sans plus tarder, voici le dixième chapitre, livre 2.

Chapitre 10

— Dois-je porter vos valises immédiatement à la voiture, Votre Éminence ? demanda le domestique.

— Oui faites, je n’en ai que pour quelques minutes avant de me rendre à l’aéroport.

Il monta aussitôt à l’étage, sortit une clé et ouvrit une lourde porte isolée qu’il referma soigneusement derrière lui. Au centre de la pièce, un stabilisateur était relié à un générateur d’onde de forme, puis branché à un ordinateur. Il s’assit et tapota sur l’écran. Celui s’alluma.

— Dossier Vincenzo Kauvarol, demanda-t-il.

L’écran plasmique illustra la carte géographique européenne où un point s’illumina à Berlin, en Allemagne. L’icône d’un dossier apparut.

— Ouverture du dossier.

Toutes les données relatives à la personne de Vincenzo Kauvarol défilèrent, de même que ses longueurs d’onde personnelles, suivies d’une image ondulatoire en temps réel démontrant ses états émotionnels et physiques.

— Mise en banque des données, compte à rebours de 12 heures, établissement d’un champ d’onde. Durée de 120 heures.

Puis Patamon se leva et quitta la pièce tout en laissant les appareils sous tension. Ce n’était plus qu’une question d’heures avant que Vincenzo Kauvarol commence à sentir certains malaises, puis se rende à l’hôpital, puis que certaines cellules débutent leur léthargie et que le cytoplasme perde de sa viscosité, puis se dessèche, que le sang vienne à manquer d’oxygène, que les plaquettes sanguines s’épaississent, que des cellules rebelles naissent et se répandent dans sa moelle osseuse. Ce n’était plus en effet qu’une question d’heures avant qu’il ne se rende compte qu’il soit en train de disparaître de la surface de la Terre sans laisser de trace sur l’origine de sa fin.

***

Au-dessus du laboratoire de Puys-des-Abysses, Manuel examinait la grande bibliothèque couvrant entièrement le mur. Les livres de différentes provenances, portaient autant sur des sujets comme les grandes découvertes scientifiques que les recherches anthropologiques les plus approfondies. Des livres sur la mythologie et les sciences antiques étaient ouverts sur la table de travail, la corne du Diable posée près d’eux. Manuel debout, la tête vers les hautes tablettes, aperçut quelques bouquins qui retinrent son attention. Il posa le grand escabeau et monta quérir les livres. Il déposa trois épais cahiers de notes devenus poussiéreux avec le temps sur la table. Les cahiers de notes de Lydie.

— Lydie Sahra, anthropologue, lut-il. Afrique… Eurasie et… Amérique du Sud. Voilà…

***

Tout en haut du COM, au seizième étage, un technicien perçut un signal inhabituel.

— Monsieur Lucas, nous recevons de l’information sur les appareils du Costa-Rica.

Ce dernier sursauta, s’étant endormi sur la table de la salle de contrôle.

— Où se trouvent-ils ? demanda-t-il tout en s’approchant.

— En Californie du Nord… voilà… Eurêka… Au laboratoire de Biosync.

Lucas recula d’un pas. Biosync était une société puissante et protégée. Le technicien se retourna vers lui.

— Alors ? Que fait-on ? On envoie l’information au FBI ?

— Que pouvons-nous faire d’autre ? demanda le superviseur.

Puis chuchotant tout bas.

— Que pouvons-nous faire, incluant toutes les alternatives possibles comme bien sûr l’actionner à distance, s’il n’y a pas de lit, ça risque de faire des dégâts.

Le technicien le regarda, ahuri. Lucas poursuivit sur le même ton.

— Ils en ont déjà fait pas mal… mais c’est Biosync… Il risque d’y avoir des répercussions s’ils savent que ça vient de nous.

Le technicien conserva son silence. Lucas fit dérouler l’information sur le moniteur.

— Ils n’ont pas l’air de s’y connaître, car ils viennent tout juste de télécharger les plans. Peut-être veulent-ils pirater les appareils ? Dans tous les cas, à moins d’utiliser une analyse de forme, ils ne pourraient savoir d’où vient le déclenchement de l’onde.

Lucas regarda le technicien, puis sourit.

— Et je ne pense pas qu’ils savent ce qu’est une analyse de forme, ajouta-t-il.

Le technicien vint pour actionner le stabilisateur, mais Lucas posa la main sur son épaule.

— Ne faisons rien pour le moment, ils n’en valent pas la peine. Continuez la surveillance au cas où ils nous prépareraient quelques surprises.

***

Au-dessus du labo de Puys-des-Abysses, Manuel ouvrit le grand cahier de voyage sur l’Amérique du Sud. Certain de pouvoir trouver quelques informations importantes sur la corne ramenée de ce continent, il parcourut les pages d’un œil attentif. Des notes et dessins, symboles, lieux et différents objets autant hétéroclites qu’antiques étaient dessinés et couvraient chaque espace des grandes pages. Lydie avait cru important de les reproduire elle-même afin de pouvoir ultérieurement faire des recoupements entre les différents peuples de la planète. Elle avait la certitude qu’un seul peuple était à la source de tous les autres, car les trop nombreuses similitudes dans les religions et croyances coïncidaient anormalement. Tournant les pages les unes après les autres sans pour autant en être désintéressé, Manuel s’arrêta soudain à l’une d’elles. Il regarda la corne du Diable posée sur la table, puis le dessin qui se trouvait dans le cahier. Il sortit son canif, et se mit à gratter la surface de la corne. Contrairement à ce qu’il s’attendait, un filet de calcaire décolla sous la pression de la lame. Il essaya de voir ce qui se trouvait dessous, mais sans résultat. Il continua de gratter. Une autre galette décolla et révéla une partie métallique faite d’or.

***

Dans le labo, Alex, Luan et Nora poursuivaient leur travail.

— Parfait, dit Alex. La charge est maintenue.

Sur l’écran de l’ordinateur, les courbes des longueurs d’ondes de la batterie et celle du DOEM étaient de même fréquence, se juxtaposant parfaitement. Luan fit pivoter le graphique sous un autre angle.

— L’intensité se maintient, constata Nora sur son ordinateur.

— Transmet les données ici, de même que la valeur de départ de la charge, commanda Luan.

D’un geste balayant l’écran, Nora envoya les données sur l’écran d’Alex. Elle les rejoignit.

— Aucune variation, dit-elle.

— La charge n’est pas assez forte pour le générateur…

Luan ne termina pas sa phrase. Son regard fut attiré vers la porte vitrée. Alex tourna la tête et vit Manuel gesticulant, excité.

— On poursuivra les tests demain matin… laissa tomber Alex.

Nora jeta un coup d’œil rapidement au moniteur témoin sur le mur.

— Ça va, aucune vibration négative dans le labo. Il peut entrer, dit-elle en s’approchant de la porte.

Elle libéra la succion, maintenant l’herméticité du labo, puis fit glisser la porte. Manuel entra en coup de vent, tenant fermement la corne du Diable.

— Ce n’est pas une sculpture, regardez ! dit-il excité, montrant la corne à peine découverte de sa couche minérale.

Alex l’examina attentivement. Différents alliages la composaient.

— Pourquoi as-tu fait ça ? demanda Nora.

— Je l’ai vu dans les cahiers de Lydie ! Elle n’était pas pareille, mais j’ai pensé que la mienne était trop vieille. J’ai essayé de voir et la pierre s’est enlevée…

À ces mots, Alex leva la tête. Luan s’approcha.

— Qu’est-ce que tu as vu exactement dans les cahiers de Lydie ? demanda Alex légèrement troublé.

— La corne du Diable, c’est dans son livre sur l’Amérique du Sud. Il y a le dessin d’un temple avec la corne, répondit Manuel.

— C’est donc là que j’avais vu ça… dit Alex. Tu veux aller me le chercher ?

Manuel monta rapidement à l’étage supérieur.

— Il faudrait savoir son étalon[i], tu ne crois pas Alex ?

Il y avait longtemps qu’il n’avait pas entendu ce terme. Luan savait cependant que toute forme d’alliage devait nécessairement avoir sa propre force.

— Avant de commencer, suggéra Nora, on pourrait l’attendre !

Alex acquiesça tout en observant la corne entre ses mains. Nora devina la fierté que le jeune garçon aurait en apprenant qu’il pouvait participer à une expérience. Celui-ci revint rapidement avec le cahier. Alex donna la corne à son collaborateur et prit le livre. Luan la donna à Manuel et lui désigna la table centrale. Manuel regarda Nora qui lui sourit. Il comprit rapidement qu’il faisait maintenant partie de l’équipe. Luan positionna l’appareil à mesurer l’échelle vibratoire tandis que Nora installa trois membranes métalliques entourant la corne. Un dernier appareil servirait à percevoir l’écho des vibrations. Nora actionna son ordinateur. Le bras robotisé glissa sur son rail et s’approcha de la corne. Manuel ne tenait plus en place, allant d’un ordinateur à l’autre tout en fixant le robot exécuter ses rotations et analysant chaque mesure, angle et composante de la corne. Les données affluaient rapidement vers l’ordinateur. Un graphique se forma, reproduisant la forme tridimensionnelle de l’objet.

— L’entrée et la sortie de l’onde de forme sont nulles, annonça Nora. Aucune réaction vibratoire…

Elle leva la tête vers Alex, intriguée.

— Rien ne se passe.

— Comment ça rien ne se passe ? demanda Luan. Il doit bien y avoir une force générée ?

— Je crois qu’ils ont réussi à créer l’onde de forme parfaite, commenta Alex. L’alliage des métaux crée une force, et les formes l’annihilent. C’est une sorte de représentation matérielle de la masse se transformant en énergie. La corne du Diable est en attente…

— En attente de quoi ? questionna Manuel.

— D’être activée, dit tout simplement son père. Venez voir.

Tous se dirigèrent vers le moniteur. Il programma une représentation de la force. Des formes ondulatoires émergèrent aussitôt, comme une aura, hors des appareils.

— Il y a harmonisation des ondes, et pour cause, on les a assemblés nous-mêmes dans ce sens. La corne se trouve au centre, inactive. Si je l’active…

Il effleura la représentation graphique de la corne. La longueur d’onde éjecta à son tour une fontaine d’ondulations sans créer de confusion mais plutôt semblait lier les appareils.

— Il y a harmonie entre les appareils. Si je brise ou altère seulement une de ces composantes… disons si je désactive la batterie, regarde ce qui va se passer, dit-il à l’intention de Manuel.

Il effleura la représentation de la batterie, la désactivant, et les longueurs d’ondes de tous les appareils se mirent à virevolter et sortir du schéma parfaitement fluide qui les guidait plus tôt.

— Une dispersion du champ survient. Et cela veut aussi dire que tout ce qui entre dans ce champ à ce moment-là devient déséquilibré à son tour. Une réaction en chaîne se produit.

Luan, habitué aux exercices comparatifs, porta son attention sur le cahier de note de Lydie reposant sur la table.

— Et tu crois que… Lydie est décédée ainsi ? hésita Manuel.

Alex écarta le regard, mais revint aussitôt vers celui de l’enfant. Ce fut la question qu’il s’était toujours posé et jamais probablement il n’en aura la réponse.

— Je ne sais pas ce qui s’est passé pour Lydie. Elle est arrivée ici déjà très malade. Nous avons diagnostiqué effectivement un déséquilibre de son champ de force. Nous avons tout essayé, mais il était trop tard pour faire quoi que ce soit…

Puis il posa les yeux sur le cahier que Luan tenait entre les mains. Il se souvenait très bien de cette nuit-là… Lydie fut ramenée d’urgence d’Amérique du Sud, malade, aux portes de la mort. Pendant des jours elle a dormi dans le labo, bombardée de radiations positives pour essayer de la ramener à la vie. Ce fut inutile. Il aurait fallu forcer son champ énergétique à suivre un nouveau schéma mais même si les nouveaux appareils avaient pu exister à ce moment, il n’était pas sûr que son corps ait supporté la pression. Nora intervint.

— Nous n’avions pas le DOEM… Tu as fait ce que tu as pu, à ce moment-là, lui dit-elle.

Alex acquiesça sans pour autant accepter cette défaite.

— En tout cas Manuel, nous faisons très attention pour éviter qu’un accident de ce genre survienne ici, lui dit-il.

— Mais ce n’est pas arrivé ici ! affirma le jeune garçon.

— Je sais, mais… Si ta corne se brise, se fissure ou explose, je ne sais pas ce qui pourrait arriver en plus des dommages immédiats. Les radiations dégagées pénètrent rapidement dans un corps, et c’est la mort de l’organisme.

Luan suivait la conversation, mais son attention était retenue par un dessin. Il pencha la tête pour mieux voir le schéma, puis tourna le cahier à l’envers.

— Dis Alex, tu as vu ça ?

Luan montra du doigt les formes dessinées.

— Ici la forme ressemble étrangement à nos appareils…  Là, en forçant un peu l’imagination, on dirait le DOEM positionné à l’envers…

— Mais c’est vrai Alex ! remarqua Nora.

— Ils se situent de tous les côtés, dit Luan. Ici se trouve le générateur, et juste en dessous le surmultiplicateur. On sait que les dimensions correspondent. Là, si on tourne le cahier de côté, on y voit la batterie insérée dont la demi-sphère dépasse à peine le condensateur, mais arrive au niveau de la base du surmultiplicateur, le point focal qui relance l’énergie. Et en plein centre de tout cet assemblage…

— La corne du Diable, ajouta Manuel qui n’avait pas perdu le fil des idées.

— Un manuel d’instructions ne serait pas plus clair ! Pourquoi n’avons-nous pas vu ça avant ? demanda Nora.

Alex resta pensif tout en examinant les autres pages. Les croquis d’un temple, des hiéroglyphes, des symboles dessinés, des notes et encore des notes. Lydie reproduisait tout ce qu’elle pouvait voir, et écrivait tout ce qui semblait important.

— Je ne sais pas. On cherchait un moyen pour la guérir… laissa-t-il échapper.

— Là ce sont les dessins du temple, mentionna Manuel.

— Le temple qui ne fut jamais retrouvé, rappela Nora.

— C’est là que j’ai rencontré Lydie, ajouta Manuel.

Alex tourna une page où une photo du temple était insérée. Lydie avait été photographiée avec Manuel, alors qu’il n’avait que 7 ans. Luan mit les mains sur les épaules du garçon.

— Pas trop de remords d’avoir quitté la jungle ?

— Bien sûr que non, vous êtes ma famille ! J’ai l’impression de vous avoir toujours connus, répondit le gamin avec fierté.

Alex sourit. Lui non plus n’avait pas de regret que Lydie se soit trouvée sur son chemin.

— On continue ? lança Manuel.

Luan partit à rire et lui agita frénétiquement les cheveux. Alex entra les données et une nouvelle illustration graphique des différents appareils emplit l’écran.

— Il est vrai qu’on peut y voir une ressemblance. Essayons d’amalgamer les appareils selon leurs dimensions et longueurs d’ondes. On pourra toujours faire une prévision des champs de force.

La reproduction graphique analysa les composantes puis les appareils se positionnèrent automatiquement et contre toute attente, selon le même schéma reproduit par Lydie. D’autres données s’inscrivirent selon les propriétés de chaque appareil et la visualisation du champ de force démarra. Une chorégraphie ondulatoire émergea du cœur de l’ensemble des appareils. Luan resta bouche bée devant l’illustration pivotant sur les trois axes. Aucune modification n’était requise. Il fallait y penser après tout, pensa Alex, et il fallait surtout avoir la corne du Diable, le cœur de l’assemblage ! Si la suite se devinait facilement, il serait difficile de convaincre le jeune garçon de ne pas participer à l’expérience malgré sa détermination exemplaire. Il avait fait preuve de volonté et de discipline pour parvenir à ses fins, partir à la recherche de sa famille, apprendre les différents dialectes parlés par les indiens d’Amérique du Sud, planifier les recherches et établir les contacts. Manuel surprenait largement par sa vivacité d’esprit. Mais pour rien au monde Alex n’accepterait que son fils adoptif soit blessé suite à une expérimentation, surtout que maintenant, aucun des trois scientifiques ne connaissait la portée de la puissance des différents appareils combinés.

Luan entraîna le jeune garçon avec lui et ils revinrent avec une grosse caisse. En l’ouvrant, Manuel découvrit un appareil de forme très complexe. Le Générateur d’Ondes de Formes, appelé GOF, était fascinant à voir. Il fut dégagé de sa caisse, puis jumelé aux autres appareils.

— Je crois qu’il ne reste plus qu’à procéder à l’activation ! annonça Nora tout en faisant un clin d’œil à Alex.

— Et c’est la corne qui va activer le générateur et les champs vibratoires ? demanda Manuel.

— Hé ! Tu comprends vite toi ! lui répondit Alex. Disons que la corne va servir de démarreur et de combustible à la fois, pour lancer l’étincelle et alimenter tous les autres appareils. Honnêtement, on ne sait pas ce que cela pourrait donner.

Tandis que Nora faisait les dernières vérifications d’usage à une nouvelle expérience, Luan et Manuel insérèrent la corne dans la pince d’un bras robotisé. Le bras se déplaça rapidement vers l’endroit désigné, positionnant l’objet au cœur du générateur. Tout concordait.

— Là on peut dire qu’on a terminé, mentionna Luan.

Nora injecta un scellant à la base de tous les appareils. Luan abaissa le rideau plastifié, les protégeant des rayons ultraviolets.

— C’est parti !

Le balayage ultraviolet débuta, permettant de solidifier le scellant unissant les différents appareils. Alors que Luan patienta, son regard se porta vers sa jeune épouse. Elle lui fit des signes étranges puis s’approcha de son mari. En lui chuchotant quelques mots à l’oreille, il sourit.

***

Sur le mont Chōkai, Wakitsa continuait la lecture de ce qui se passait à Yakoutsk. Les ondes de forme avaient été suspendues, les champs n’avaient aucune chance de reprendre la culture sous leur forme codifiée. La société russe avait suivi ses ordres à la lettre. Le reste importait peu. Où te trouves-tu maintenant cher mécréant ?

— Neil Richard.

L’image pivota vers l’océan Atlantique, puis plongea vers un minuscule point. Celui-ci emplit l’écran. Eutopia, pourquoi pas ? Tu aimes un peu trop cette île… Que mijotes-tu maintenant ?

— Ouverture de dossier.

Les données défilèrent rapidement à la droite de l’écran alors que l’écran principal étalait les ondes de forme de l’homme ainsi que celles de ses voisins.

***

Le soleil commençait à décliner et des pointes rougeoyantes coloraient les nuages au-dessus de l’île artificielle, Eutopia. Les quatre hommes, Aran, Neil, Thamas et Miles, prenaient un apéritif au bar du golf.

— Mon neveu voudrait se lancer dans la production d’armes, dit Aran, mais je lui ai dit que plusieurs pays étaient déjà bien avancés dans les dernières technologies d’armes, ce serait difficile de les concurrencer. Miles, je crois que vous voulez vous débarrasser de certaines usines, je me trompe ?

— Peut-être… laissa planer ce dernier. J’en ai une qui serait bien pour vous.

— Combien d’employés ?

— Je crois qu’il y a environ plus de deux mille employés, répartis sur cinq bâtiments, au Liban.

Aran se mit à réfléchir.

— Je pensais à l’idée de Biosync. Cette filiale libanaise pourrait fabriquer des stabilisateurs agricoles ?

— Avec un peu de formation, pourquoi pas ? répondit Neil. Mais n’oubliez pas que la fabrication de stabilisateurs demande des codes matriciels, et le COM ne les donne pas au premier venu !

— Je sais, mais ma série d’appareils est en panne totale… C’est si compliqué, je ne comprends rien à ce charabia. Dans tous les cas, ces codes pourraient être transférés facilement à la filiale libanaise. Je sais que le COM permet ce genre de transactions.

— Ah ! Pourquoi pas ! Mais ils n’enquêteront pas pour savoir pourquoi les appareils sont en panne. demanda Neil.

— Neil, vous semblez bien au courant à propos de ces appareils, coupa Thamas. Comment fonctionnent-ils ?

— Mais je n’en ai aucune idée ! Vous auriez dû demander à Zoé, c’est elle la spécialiste dans ce domaine.

— Comment peut-elle être au courant de tout ça ?

— Il faut se tenir à jour de tout développement sur cette planète mon cher Thamas. On ne sait jamais qui peut vous jouer des tours dans le dos. De mon côté, personne ne peut naître sans que je n’en sois averti. Pour Zoé, elle est championne dans ce domaine et surement que son adjointe si précieuse l’a initiée. L’Afrique était si désespérée qu’elle a tout fait pour la sortir du pétrin, moyennant certaines ressources financières de ses pairs. Et maintenant, elle fait partie des grands de ce monde… J’adore sa précieuse présence si charismatique, mais je ne vois rien de bon à son refus de nous joindre.

Thamas regarda vers l’horizon. Il y avait longtemps que l’avion de la grande dame s’était éclipsé du paysage. Et on n’est pas près de la revoir nous rendre une visite de courtoisie. Neil poursuivit sa lancée.

— En fait, si vous voulez en savoir vraiment plus, et voulez éviter notre chère Zoé, allez visiter Wakitsa. Sans en avoir l’air, il a une connaissance très étendue sur le sujet, à part bien sûr les vrais spécialistes qui ont élaboré et mis au point ces appareils.

Thamas resta songeur. Aran, qui en avait assez de discuter autour d’un sujet qui l’avait tourné au ridicule, reprit la conversation le concernant.

— Pour revenir à nos affaires, je crois que deux mille employés c’est trop. Mon neveu ne pourrait gérer tout ça.

— Cinq cents alors ? répondit Miles. On va faire le nettoyage et licencier la grande partie des inutiles.

— Mais je voudrais conserver tous les bâtiments, ajouta Aran sans se soucier davantage des chômeurs.

— D’accord. En passant, avez-vous des nouvelles de notre ami Anjay ?

— Je l’ai vu la semaine passée, il était à Abalessa, répondit Neil.

— En Algérie ? Je croyais qu’il restait en Norvège. Que faisait-il dans ce trou perdu ? demanda Thamas.

— Oh ! Vous savez, il a créé une petite communauté avec les stabilisateurs, le paysage a changé de décor, et grâce à ça, les gens l’ont pris en affection. Il était à inaugurer la construction d’un nouveau centre d’éducation pour les jeunes, fondé sur les derniers développements en matière bioélectronique. Il croit qu’il peut aider à changer le monde en faisant ça.

Thamas partit à rire.

— Changer le monde ? Pourquoi faire ? Le monde est heureux lorsqu’il est malheureux… et nous aussi on est heureux, il dépend de notre « aide » ! Tout le monde y trouve son compte !

— C’est ce que je répète à ma femme chaque fois qu’elle se plaint ! lança Aran.

Ils partirent à rire. Cependant, Thamas ne riait pas d’aussi bon cœur qu’à l’habitude. Il réfléchissait davantage à tous ces nouveaux apports technologiques, la bioélectronique et surtout les ondes de forme.

[i] L’étalon est une unité de base qui permet de mesurer et donner une valeur comparative. Une banque de données est conservée dans la mémoire centrale ce qui permet à l’ordinateur de gérer les différents recoupements ou assemblages selon les propriétés données.

***

À suivre.

Maran’atha.

*Jñani : un être réalisé et non ignorant sur son chemin.

 

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