Publication chapitre 8

Yai Malena Jñani*

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Sans plus tarder, voici le huitième chapitre, livre 2.

Chapitre 8

À l’ONU, plusieurs pas résonnèrent sur le plancher de marbre du couloir menant au bureau de la secrétaire d’État. Le meneur ouvrit la porte, puis pria l’invité d’entrer. Marie Polindovak se leva à son entrée.

— Monsieur le Cardinal Patamon, dit-il.

— Marie Polindovak, annonça-t-elle. Assoyez-vous Monseigneur.

— Vous pouvez m’appeler Éminence, ou simplement Monsieur… Bien, que puis-je faire pour vous aider ? demanda le cardinal.

— Je vois que vous n’aimez pas perdre votre temps, répliqua Marie. Un peu de thé ?

— Oui, bien sûr. Excusez-moi si je suis un peu brusque, mais je dois me rendre à Rome d’ici les prochaines heures et je me vois pressé par le temps. Alors j’aimerais savoir la raison principale de cette invitation impromptue, si vous le voulez bien.

— Oui, je comprends…

Elle prit l’épais dossier reposant sur un des cabinets et le déposa devant le cardinal.

— Voilà mon problème. Je voudrais que vous m’expliquiez à quoi rime tout ce charabia dont personne ne semble vraiment comprendre le « comment » et surtout le « pourquoi » !

Alors que le cardinal ouvrit le dossier, le thé fut servi. Marie en profita pour l’observer de plus près. Ses doigts parsemés de ridules étaient agiles et rapides. Son regard était vif et alerte. La peau des joues retombait légèrement, signe du temps qui faisait son œuvre tout comme les cernes autour des yeux qui commençaient à noircir. Il continua la courte lecture, mais dès que ses yeux parcoururent la première page, il en comprit tout le sens. Il prit une gorgée de thé avant de prendre la parole.

— Je vois l’étendue de votre problème. Et vous n’êtes pas la seule à vous poser ces questions. Je connais pas mal de gens qui sont contre ce projet.

— Mais encore ? Quel est le principe derrière ce qui semble être une panacée contre le fléau mondial envers lequel nous faisons face depuis déjà presque un siècle et qui est loin de se résoudre de lui-même.

Patamon prit une profonde respiration. Il n’était pas prêt à sortir de ce bureau.

***

Sur Eutopia, l’île artificielle, Thamas plaça la balle sur le sol gazonné, puis fixa au loin le sixième trou.

—… et je leur ai fait la seule proposition possible pour le moment.

— Et ce fut accepté ? demanda Zoé.

— Pas vraiment… Ils ont probablement été choqués du peu d’argent offert. Ils n’ont rien compris de mon exposé et s’attendaient à ce que je sorte mon portefeuille pour régler leurs problèmes.

— Ne soyez pas si sévère envers vous-même Thamas, tout le monde ne peut avoir le sens inné de la compréhension de l’univers comme vous l’avez ! répondit Zoé.

— Ce qu’ils ne comprennent surtout pas c’est que je suis probablement le seul à pouvoir sauver leurs îles, mais que voulez-vous, je ne suis pas une œuvre de charité !

Neil partit à rire, suivi de l’arabe.

— Nous avons tous nos petits problèmes financiers, ajouta Neil.

— Tiens donc ! souligna Zoé. Devons-nous nous cotiser pour vous payer le lunch ?

Thamas fit la moue devant la remarque désobligeante. Une chose qu’il détestait avant tout, c’était de paraître pauvre.

— Disons que nous sommes en restructuration, mais ce n’est que temporaire.

Et sur ce, il s’élança et la balle partit à toute vitesse, retomba sur la pelouse et roula avant de s’arrêter à quelques mètres du trou.

— Mais par chez vous chère Zoé, j’ai entendu dire que vous n’aviez pas ce genre de problèmes.

— Je dois dire que je suis chanceuse ! Le tout se retrouve dans une saine gestion de toute l’entreprise et je dois avouer que je le dois principalement à mon assistante. Elle est douée. Je n’ai pas à discuter et expliquer longtemps ce que je désire. Elle comprend et saisit rapidement la portée des décisions. Je lui ai laissé plusieurs mandats à gérer et je ne m’en mêle plus. Je lui fais une totale confiance.

— Et vous ne voudriez pas vous en séparer par hasard ? ajouta Neil.

— Je ne pense pas qu’elle désirerait travailler pour vous, avec tout le respect que je vous dois.

— Et pourquoi donc ? Déteste-t-elle les hommes autant que cela ? ajouta Miles.

— Après un court séjour chez moi, elle reprendrait vite sa place, avoua Aran dans un rire à peine dissimulé.

— Allons Aran, intervint Thamas, nous sommes au vingt-et-unième siècle. Épargnez-nous les comportements barbares des siècles passés.

Zoé sourit.

— Elle ne désire aucunement travailler ailleurs. Elle est africaine d’origine, et désire apporter un soutien à son peuple… et n’aime pas les hommes en général !

— Quel dommage, souleva Miles. J’aimerais bien avoir quelqu’un d’aussi efficace dans mon équipe.

— Et pourquoi donc ? demanda Aran.

— Vous savez ce qui s’est passé il y a deux jours. Tout le personnel du centre de Protection et Restauration Biologiques du Costa-Rica a été proprement éliminé. Aucune trace malgré leur système de protection hautement technologique. La raison serait probablement le vol de leurs équipements.

— Un fait banal comme il s’en passe tous les jours à travers le monde ! commenta Aran.

— Oui sauf que je ne fus au courant que ce matin, alors que cela se passe sous ma juridiction et qu’en plus je suis le principal actionnaire de cette compagnie ! On est loin du principe de Peter !

***

Au COM, Charles, se rendant à son bureau, parcourut le corridor bordé de larges fenêtres. Il était perdu dans de profondes réflexions. Je ne connais qu’une personne capable de neutraliser un champ de force et entrer incognito dans un laboratoire ou entreprise utilisant les ondes de forme… Il s’arrêta, portant son regard vers le paysage. Une certaine discussion surgit en sa mémoire comme si elle était survenue récemment.

— Nous devons être capables de neutraliser les champs d’ondes au cas où nous perdrions le contrôle de la situation. Pensez aux nombreuses inventions qui ont causé des désastres monumentaux, ou lorsque de nouveaux virus ont été mis en circulation avant même d’avoir de vaccin, on s’est retrouvé avec des milliers de morts !

— Je comprends, répondit Charles, mais si cette invention se retrouvait entre de mauvaises mains, c’est toute la sécurité mondiale des centres qui seraient mises en jeu.

— On ne produit qu’un seul exemplaire, gardé au COM. En cas de besoin, on le récupère et on l’utilise dans le centre en question.

— Luan est d’accord ?

— J’ai tout le soutien de Luan, de même que celui de Nora.

— Et que feriez-vous si vous deviez passer inaperçu tout en désactivant le champ ?

— Hé ! Ne vous imaginez pas que…

— Non pas du tout, coupa Charles, mais si on perdait l’accès au désactivateur, je voudrais savoir à quoi m’attendre…

— Il n’y a pas grande utilité à désactiver un champ même incognito, les bandes enregistrent toute intrusion dans un périmètre donné. Et alors, selon vos longueurs d’onde, on vous retrouve en moins de cinq minutes avec un détecteur !

— Ils ne sont pas encore au point, répliqua Charles.

— Ce n’est qu’une question de temps…

Charles le regarda pendant de longues secondes.

***

Sur le terrain de golf d’Eutopia, Miles posa sa balle, et prit position.

— L’équipe qui a perpétré le vol est composée de spécialistes de ce genre d’opération.

— On ne peut avoir de noms ? demanda Aran.

Miles regarda vers le ciel, en désespoir de cause, secouant la tête.

— Pas vraiment, mais après quelques petites recherches, il semblerait que Biosync essaierait de reproduire et vendre une série de ces appareils, des stabilisateurs d’ondes de forme.

— Biosync ? N’était-ce pas une de mes entreprises ? demanda Thamas.

— Mais si ! répliqua Miles. Vous me l’avez cédée à fort prix lorsqu’elle était bien cotée. Mais avec toute cette publicité négative montante envers les OGM que les journalistes et médecins et tous les autres ont faite, elle a été proportionnellement en descente rapide.

— Alors pourquoi ce vol ? Ce n’est qu’un idiot, il n’avait qu’à s’en acheter, non ? demanda Thamas.

— Un autre à éliminer ? demanda Neil.

— Non non… j’imagine qu’il a une idée derrière la tête. Il veut probablement relancer la compagnie et faire des millions de dollars comme avant. Il faut dire que j’y avais mis un peu de pression lors de notre dernière réunion.

— Quel genre de pression ? demanda Aran.

— Oh ! Bien qu’il irait travailler pour ses anciens chercheurs !

— Ah !… Et que font-ils alors ? demanda Neil.

— Ils font des recherches sur les déplacements souterrains des ombilics ! Six pieds sous terre !

Tous éclatèrent de rire, sauf Zoé qui trouva la plaisanterie de mauvais goût. Miles s’élança et la balle partit d’un coup, tomba et roula sur le sol à plusieurs mètres de celle de Thamas.

— Les ondes de forme, serait-ce ces appareils qui parait-il font des miracles sur les cultures ? demanda Neil.

— Ce sont surtout ces appareils qui ont mis à terre la biotechnologie dont entre autres les OGM, répondit Miles.

— On en a quelques-uns, ils sont souvent en panne, pas de quoi s’y fier plus que ça, répliqua Aran.

— Si je peux me permettre, enchaîna Zoé, qui posa à son tour la balle sur le sol et prit position, nous en avons aussi et ils sont d’une fiabilité exemplaire. Avec des techniciens expérimentés et formés adéquatement, aucun problème ne peut survenir, quoiqu’une panne soit chose courante. Il suffit alors de réaligner le répartiteur sur une nouvelle onde passante.

— Vraiment ? souleva Neil.

Aran regarda la femme. Il n’aimait pas être contredit sur ses propos et encore moins par une femme, aussi belle fût-elle.

— Évidemment, si personne ne s’en occupe, c’est comme tout le reste… ajouta Zoé.

Sur ce, elle fit décoller la balle d’un coup. Ils la regardèrent filer et rouler à quelques mètres du trou, à peine plus éloignée de celle de Thamas. Aran acquiesça d’admiration. Il posa sa balle.

— Nous en avons également plusieurs, répliqua Miles, surtout dans le Nord-est. Les productions sont d’une qualité exemplaire et nous avons largement diminué l’utilisation d’engrais chimique.

Thamas porta davantage intérêt à la conversation et s’adressa principalement à Zoé.

— Vous dites que ces appareils sont d’une grande efficacité sur les cultures, comme quoi par exemple ?

Aran s’élança et la balle suivit le même trajet que les autres, mais n’atterrit que loin derrière celle de Miles. Neil prit place à son tour.

— Nous nous en servons pour contrôler nos cultures. Depuis que nous en avons, nos cultures sont plus stables et la désertification a ralenti passablement. Et ces appareils en seraient la principale raison. Ils contrôlent le milieu ambiant environnant au niveau des ondes électromagnétiques. De ce fait, les cultures produites offrent un équilibre à tous les niveaux et sont d’une richesse inégalée en nutriments de toutes sortes.

— Je vois, ajouta Thamas.

— Ils servent également de répartiteurs afin que chaque grain ait une quantité égale d’apports énergétiques. Ingénieux ces appareils. Nous nous passons d’OGM aisément.

Thamas se tut. Neil s’élança, faisant décoller la balle. Thamas la regarda filer, puis revint à sa réflexion sur la portée de ces appareils qui justifiaient la baisse popularité de ses produits synthétiques. Le groupe poursuivit le parcours.

— Je crois que vous pourriez les essayer, ajouta Zoé. Si vous voulez Aran, je peux demander à mes gens passer vous donner un coup de main ?

— Non merci, nous n’avons pas vraiment besoin de culture dans nos déserts.

— Ah c’est vrai, vous avez l’or noir !

— Ce qui insinue ? lança le scheik.

— Un jour ou l’autre, et au rythme où vous videz votre sous-sol, il n’en restera plus suffisamment pour tout acheter.

— Vous croyez que l’eau que vous buvez sur cette île vient d’un puits ? La désalinisation vient de nous, de nos recherches et de notre argent ? répondit-il sèchement. Le pétrole sera toujours en utilisation, car je ne connais personne, je dis bien personne, qui serait d’accord pour retourner en arrière. Sans pétrole, fini le monde moderne ! objecta-t-il.

Il se tut. Puis reprit le sourire. Il avait un caractère explosif, mais savait reprendre le contrôle de sa personne une fois la colère exprimée. Thamas se mit à rire en voyant Zoé complètement abasourdie.

— Je vois que vous ne connaissez pas bien notre cher Aran, Zoé. Il est redoutable quand il le veut !

Aran balaya de la main, lui signifiant de se taire. Thamas voulait en fait en savoir plus sur les appareils révolutionnaires. Neil mentionna un autre point.

— Concernant Biosync, selon mes sources il semblerait que ce monsieur Burri aurait contacté Wakitsa.

Miles releva la tête.

— Et on sait pourquoi.

— En gros, cela concernerait des numéros matriciels pour la reproduction d’appareils. Comme je ne savais pas trop de quoi il en retournait, je n’y ai pas prêté grande attention.

Qu’est-ce que ce vieux Wakitsa veut bien ? Pourquoi vient-il jouer dans mes plates-bandes ? Et Biosync… Le centre du Costa-Rica… et ces « artistes » du vol… il y a quelque chose qui se prépare… pensa Miles.

— On peut avoir les noms de ces spécialistes ?

— Tout peut se savoir Miles ! Sur votre portable, ça ira ?

Miles acquiesça.

— Et pour le Japonais ? demanda Aran en riant.

— Pour Wakitsa ? Je préférerais rester plus conservateur, répondit Neil.

— Et pourquoi donc ? demanda Zoé.

— Disons qu’il a le bras un peu trop long à mon goût. Un accident est si vite arrivé avec lui dans les parages.

Lorsque les joueurs arrivèrent au trou, Thamas se positionna derrière sa balle.

— Parlant d’accident, ne trouvez-vous pas que notre bonne vieille terre devrait être nettoyée ? demanda Neil.

Tous furent interloqués. Aran se mit sur le pied de guerre, car lorsqu’on parle de l’état planétaire, le pétrole est toujours en tête de liste au banc des accusés.

— Depuis quand la question planétaire vous préoccupe à ce point ? demanda Thamas.

— Au point que… il y a trop d’imbroglios sur la planète. Juste Wakitsa en est tout un. Et malgré les bonnes nouvelles dont vous semblez vous régaler, sans faire de jeu de mots, sur l’abondance de vos récoltes, les provisions de bonne qualité se font de plus en plus rares.

— Il est vrai que depuis quelques décennies vos viandes synthétiques ont réglé un problème alimentaire, cher Thamas, mais n’en demeure pas moins qu’elle est « synthétique » justement !

— Le synthétisme auquel vous faites allusion n’est en fait que de la vraie viande cultivée en laboratoire et sans qu’aucun animal ne soit élevé en pâturage puis tué. On sauve les récoltes, les écologistes et végétariens ont été mis hors de route, on a éliminé plusieurs sources d’effet de serre, de quoi vous plaignez-vous ?

— Votre viande a un goût… je dirais plastique, mais soyons constructif… trop saine ou trop épurée seraient les mots justes. D’un autre côté, je ne me vois pas manger des carottes à longueur de journée ! lança Aran.

Il fut approuvé par quelques rires. Thamas ne savait plus quoi penser. Il se concentra sur la balle et le trou. Neil poursuivit.

— Quoiqu’il en soit, si Eutopia existe, c’est parce que nous avons su bâtir et concrétiser un monde meilleur, notre monde. Mais ce monde semble étouffer, il manque de souffle et de panache. Les pauvres deviennent riches et les riches ne s’enrichissent plus autant qu’avant. Ce qui est bien d’un côté, mais ces pauvres riches n’investissent pas comme nous le faisons. L’économie mondiale est rendue linéaire. Bref, je trouve qu’un ménage s’impose afin de revenir à une normalité économiquement stable… mais il reste à trouver la raison diplomatique pour ce faire.

— Oh ! Vous savez, ce n’est pas les raisons qui manquent, répliqua Thamas.

— Vous ne pensez tout de même pas à déclencher une guerre ? demanda Zoé.

Neil et Miles se tournèrent vers elle.

— Et pourquoi pas ?

— L’Afrique commence à peine à sortir de son marasme économique, nous ne sommes pas pour en remettre davantage à vos intérêts financiers !

Zoé les regarda sans rien ajouter. Elle avait un regard lourd et menaçant, et ils savaient qu’elle avait, elle aussi, le bras long.

— L’Afrique nous inclut, ajouta Aran, détournant l’attention.

— Bon, nous reste-t-il quelques pays pour la partir cette guerre ? annonça Miles à la blague tout en levant les deux mains vers le ciel.

— Le Moyen-Orient est toujours une terre fertile pour la partir. On verra où ça nous mènera ! ajouta Thamas.

— Ne voyez-vous pas que personne ne veut de guerre ? Regardez tous les mouvements de paix, et autres organisations mondiales qui viennent en aide aux pays en voie de développement, ou même à l’intérieur de chaque pays, il semble y avoir une harmonisation au sein des gens, déclara calmement Zoé.

— Sauf au Moyen-Orient. La question de propriété est encore de mise et ils ont un sang bouillant et orgueilleux. Il ne suffira que d’une étincelle…

Zoé changea de ton.

— Vous n’avez aucune idée plus constructive que de faire la guerre ?

— Zoé, allons ! Vous avez été épargnée parce que l’Afrique n’avait rien d’intéressant à offrir, mais cette fois-ci, avec les recherches et la nécessité de toutes ressources naturelles, on est en manque de tout sur la planète. Ne me dites pas que vous êtes capable de nourrir l’Afrique, que tous mangent à leur faim ? rétorqua Neil.

— Nous avons encore plusieurs problèmes, mais comme je le mentionnais, nous commençons à sortir de notre marasme. Les récoltes se font de plus en plus riches et fertiles. Tous les Africains travaillent vers ce but. J’y ai consacré plusieurs années à consolider ces accords de paix et de durabilité… et tout ça pour qu’une société égalitaire commence à voir le jour !

— Voilà justement, il ne faut pas chère Zoé ! répondit-il.

— Vous avez cette ténacité à conserver le monde dans un abrutissement total afin que le commun des mortels ne puisse accéder à une sorte de bonheur de vivre, je ne saisis pas vraiment le but de cette philosophie ! ajouta Zoé.

Neil monta le ton.

— Si le commun des mortels n’a pas ses problèmes quotidiens, que ce soit économique, financier, ou celui de surpasser les autres et être au sommet de son entreprise ou mieux encore, créer des passe-temps et occupations d’ordre électronique surtout, ce sont les meilleurs gadgets sur le marché pour occuper l’esprit, alors il se met à penser. Et ça, c’est mauvais s’il pense à autre chose que d’asservir son prochain, c’est la fin des régimes supérieurs. S’il se met à penser à désirer être heureux sur une base de simplicité volontaire, il va vouloir propager cette bonne nouvelle, et contaminer tous les autres.

— Ça fait longtemps que cette idée est acheminée, et grâce à votre « appui », plusieurs réseaux télévisés ont « censuré » les programmes prônant cette philosophie, mais pas les réseaux alternatifs.

— Et justement ! Toute l’économie mondiale dépend de ce principe, ajouta Thamas. Nous avons toléré et contrôlé cette minorité sur réseaux alternatifs, et les têtes fortes ont dû être écartées pour le besoin de la cause et la survie de la paix dans le monde.

Neil acquiesça comme si l’évidence même se passa d’explications.

— Mais nous sommes au point où nous commençons à étouffer. Trop de pacifistes, trop de mouvements écologiques, trop de bonnes intentions pour cette société égalitaire et pendant ce temps, les réserves s’épuisent afin de nourrir tout ce beau monde de plus en plus en bonne santé avec une longévité de plus en plus prononcée. Alors quoi de mieux qu’une guerre pour remettre les pendules à leur place ?

Zoé regarda Aran qui n’osa davantage prendre parole, mais abonda dans le même sens. Elle fit un pas vers Thamas, se mettant en travers de sa balle vers le sixième trou, et fixa à tour de rôle les hommes.

— J’ai vécu dans ma chair ce capitalisme effréné et ai vu des familles, des villages et des peuples entiers crouler et se déchirer entre eux pour un bout de plastique ! Il n’est absolument pas question que nous retournions dans cet enfer, ni moi, ni aucun autre Africain. Nous avons davantage besoin de pain et de paix ! Ne touchez pas à l’Afrique !

— Avec vos nombreuses ressources naturelles, ajouta Neil, vous augmenteriez votre pouvoir et votre position si vous acc…

— Non ! coupa Zoé d’un coup sec. Si vous saviez ce qu’il en coûte de bâtir une société égalitaire, toute l’éducation et les moyens financiers requis, vous ne vous mettriez pas à penser comment faire plus d’argent à ne plus savoir quoi en faire !

Thamas souleva les sourcils, désespéré de ne pouvoir frapper sa balle. Neil réfléchit, tâchant de la calmer, puis hocha la tête tout en faisant la moue.

— Malheureusement, vous avez en partie raison, et ça nous prendra d’ailleurs une meilleure justification, car trop de pays ont d’une façon ou d’une autre plusieurs alliances économiques empêchant une vraie guerre d’éclater. Ils feront tout pour l’éviter.

— La corruption fonctionne encore à merveille, ajouta Miles. Tous les gouvernements mondiaux sont corrompus, pourquoi ne pas en commanditer quelques-uns ?

— Hum… réfléchit Neil, c’est à y penser.

— Au siècle dernier, l’Argentine avait trouvé l’idée parfaite pour faire le ménage dans son pays, enchaîna Miles. Il nous faut juste reproduire le même schéma.

— Et l’Asie ? Wakitsa serait partant ?

Zoé se dressa, laissant tomber son bâton de golf.

— Je vous laisse Messieurs. Si cette convocation n’avait pour seul but que mon soutien à vos projets morbides, oubliez-moi ainsi que l’Afrique.

— Mais Zoé, ce n’est qu’un projet parmi tant d’autres ! Nous avons d’autres points importants à discuter, nous avons besoin de l’Afrique…

— Et nous devons au moins finir le parcours… ! ajouta Thamas.

Elle quitta. Ce fut sa seule réponse.

***

Charles entra dans le bureau. Il prit place face à un inspecteur épuisé.

— Manque de sommeil, j’imagine ? demanda-t-il.

Chavez acquiesça.

— Je n’en ai pas pour longtemps, mentionna Charles. Comme vous serez parmi nous pour une certaine période de temps, je vous laisse un de nos appareils de communication, un iMats. Loin d’être aussi perfectionné que celui de monsieur Fonwell et de madame Leoita, il est tout de même de loin supérieur à tout ce qui se fait de nos jours. Tous les codes de communication et dossiers complets des employés et membres de direction sont déjà chargés dans l’appareil. Il fonctionne par commande vocale également et ne nécessite aucune alimentation énergétique. Vous pouvez également, par le biais du COM, avoir accès à tous les dossiers faisant partie du développement et des opérations mondiales concernant les ondes de forme ou toute autre information que vous jugerez utile pour mener votre enquête.

Chavez tâcha d’emmagasiner l’information. Charles poursuivit son exposé.

— Je dois cependant vous mettre en garde. C’est un iMats, ce qui veut dire Intelligent Molecular Amplification Telecommunication System, et non un appareil de communication au sens premier du terme, vos longueurs d’onde seront aussi transmises qui par la suite pourront être détectées aisément.

Chavez tourna la tête légèrement de côté, perplexe.

— Ce qui veut dire que si votre interlocuteur possède un lecteur d’ondes de forme, il pourra vous localiser et ce peu importe où vous vous trouvez sur la planète… Même si vous ne possédez plus un iMats.

Chavez blêmit.

— Des questions ? demanda Charles.

L’inspecteur ouvrit à peine la bouche, mais hocha la tête. Il prit cérémonieusement l’appareil des mains du directeur, comme s’il s’agissait d’une bombe, puis se leva.

— Bien. Je voulais également vous mettre à jour concernant l’affaire du Costa-Rica.

Chavez plissa les yeux, attendant la suite.

— Les appareils volés au Costa-Rica ont quitté rapidement le pays. Où ? Nous ne pouvons le dire encore. Nous attendons qu’ils soient activés ou du moins mis sous tension pour le savoir.

Chavez se rassit lentement. Le directeur n’avait pas terminé.

— Nous connaissons également l’auteur de cet attentat. En fait je ne vois qu’une personne susceptible de commettre ce genre de délit, mais je ne parle pas de la tuerie en tant que telle, car ce n’est pas son genre, mais plutôt de la pénétration du champ de force.

— Qui ?

— Je ne pense pas que vous le connaissiez, il s’agit de Malek[i]  Ochoa.

Chavez plissa les yeux. Ce nom lui disait quelque chose.

— Et où se trouve cet individu ?

— Ce fut difficile de le retracer, c’est un homme qui ne reste jamais plus de vingt-quatre heures au même endroit. Mais nous avons réussi à le localiser et il se trouve aux États-Unis pour le moment, New York plus précisément, mais vous n’aurez pas à vous y rendre, il sera bientôt en Europe, en France.

Cette nouvelle avait remis les sens en alerte de l’inspecteur. Comment peut-il être au courant de l’identité de ce criminel, et de ses va-et-vient ?

— Cependant, vous ne trouverez rien sur son identité dans notre banque de données.

Chavez leva les sourcils, plissa le front.

— Question de sécurité. Comme notre banque de données est accessible même par nos concurrents les plus « arrogants », divulguer son nom risquerait de perdre sa trace, comme c’est déjà arrivé par le passé. De plus, comme c’est un homme très en demande vu ses capacités et connaissances sur les ondes de forme, plusieurs de nos « concurrents » pourraient être tentés d’entrer en contact avec lui pour des raisons plus que douteuses, éthiquement parlant.

Antonio Carlos Chavez se recala dans son fauteuil.

— Des questions ? demanda Charles.

— Une seule, répondit Chavez malgré un étrange malaise le faisant se demander dans quel guêpier il venait de se mettre les pieds. Est-ce grâce aux appareils de communication comme celui-ci, le iMats, que vous savez que ce Malek Ochoa est à l’origine de l’attentat au Costa-Rica ?

— En quelque sorte, oui. Mais je dois ajouter que cela a demandé d’intensives recherches et plusieurs recoupements.

Chavez réfléchit rapidement tout en faisant le point de la situation. La directrice du centre avait pourtant été formelle, les bandes ne montraient aucune onde au moment du vol et des meurtres. Donc impossible de retracer l’auteur ou les auteurs de l’attentat. Qu’est-ce que vous mijotez cher directeur ?

— Et donc par le fait même, qu’il va se pointer en France ?

Aussitôt qu’il eut posé la question, Chavez ne sut que trop bien que personne ou aucun appareil ne pouvait prédire les actions futures d’un individu. Trop d’impératifs entraient en ligne de compte. Cependant, il fut surpris de la réponse du directeur.

— D’une certaine façon, oui.

L’inspecteur regarda Charles pendant un court instant. Définitivement, il ment. Sans prolonger la conversation, il se leva, serra la main du directeur puis quitta. Au lieu de prendre l’ascenseur, Chavez descendit les marches des seize étages de l’édifice, exercice qui lui permettait de mieux réfléchir. Il se rappela la conversation avec le directeur des opérations criminelles d’Amérique Centrale : « Antonio, le centre du Costa-Rica n’est pas le seul à avoir été victime de ces attentats et vols d’appareils. C’est un problème qui s’échelonne au niveau de la planète et se propage comme la peste noire. Ou des espions ont infiltré le COM, ou une taupe bavarde un peu trop, ou un petit génie à la noix se fout du peuple ! Alors peu importe qui ou quoi, il faut faire un ménage dans ce bordel de scientifiques à la con qui pensent refaire le monde ! » Le message était limpide comme de l’eau embouteillée.

[i] Malek : signifiant « ange » ; Ochoa : surnom basque signifiant « loup ».

***

À suivre.

Maran’atha.

*Jñani : un être réalisé et non ignorant sur son chemin.

 

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