Publication chapitre 6

Yai Malena Jñani*

Voici le deuxième livre, les chapitres 6 et 7. Je me suis rendu compte que j’ai complètement oublié de faire cette publication la semaine dernière… Pour m’excuser, je te fais parvenir 2 chapitres cette semaine. Ils sont tirés du premier tome de Aouma Sutra. Si tu aimes, tu n’as qu’à cliquer sur ce lien pour choisir le format désiré. Aouma Sutra est disponible dans les populaires formats ePub et Kindle. Tu peux le télécharger gratuitemenà partir d’Amazon, Smashword, Kobo, iTunes et autres. Sur cette page, tu as les liens vers les distributeurs incluant ceux mentionnés.

Sans plus tarder, voici le sixième et septième chapitre, livre 2.

Chapitre 6

Dans le champ de la ferme, Nora rougit suite aux dernières paroles de Lucas. Elle eut de la difficulté à dissimuler sa gêne, celle de ne pas exploser ! Elle prit quelques bouffées d’air et reporta son regard vers les chaînes de montagnes. Malgré la bise fraîche soufflant dans ses cheveux, son regard s’obscurcit et les muscles de sa mâchoire se raidirent. Comment cet homme qui fut jadis l’élève d’Alex, à qui il devait son savoir et son poste au sein du COM, ose-t-il penser ainsi et juger maintenant de manière si dure, diffamatoire et impersonnelle son professeur et maître à penser ? La jeune femme reprit sur elle-même et s’approcha de lui. Sans hausser le ton, sans laisser emporter sa rage, elle le fixa de ses yeux noir intense.

— Tu en connais autant que moi sur les mesures de sécurité à prendre, car comme tu l’as bien compris, ce n’est pas un jouet d’enfant. Et si ça peut te rassurer, jamais, je ne dis bien jamais, Alex ne permettrait quiconque de se servir de ce qui sort de son labo pour une utilisation destructrice. C’est avec cet engagement moral que Luan et moi travaillons avec lui.

Lucas ouvrit la bouche pour la relancer, mais elle lui coupa la parole.

— Et si jamais l’idée te traversait l’esprit comme tu viens de le faire, sache que ce que tu sembles supposer possible ne l’est pas en fait, car des schémas atomiques distincts sont implantés dans la matrice de chaque système pour « éviter » ce genre « d’erreur » ou tentation humaine. Et de plus, mieux que la reconnaissance rétinienne, empreintes digitales ou analyse génétique, Alex a implanté une clé dans la matrice de ces appareils. Cette clé est nos longueurs d’onde, celles de Luan, Alex et moi-même. Personne d’autre ne peut les utiliser autrement que pour ce qu’elles ont été programmées ! Mais si jamais quelqu’un y parvenait, je retrouverais alors personnellement la longueur d’onde de cette personne et crois-moi, elle regrettera amèrement de s’être emparé de ces appareils et de les utiliser à mauvais escient !

Plus rien ne bougea pendant quelques secondes, même le vent s’était couché. Lucas arrêta même de respirer. Sans croire une seconde que Nora était une personne agressive, il ne douta pas un seul instant de sa sincérité. La jeune femme reprit son souffle, et son calme.

— Lucas, nous avons un but dans la vie. Luan et moi sommes avec Alex pour le réaliser, et tu verras, rien de maléfique, mais plutôt magnifique pour chacun de nous, pourvu que le « chacun de nous » veuille bien aller dans cette direction.

Nora regarda encore Lucas dans les yeux, afin d’être sûre qu’elle se faisait bien comprendre. Que veut-elle dire ? se demanda-t-il. Quel est ce but qu’Alex vise encore ? Où arrêtera-t-il ses recherches si déjà il possède cette puissance si grande ?

Alex avait regardé la scène sans broncher. Il savait que Nora tenait à cœur la réalisation de ce qui déjà depuis plusieurs années devenait « leur » projet, cependant jamais il n’avait fait si bon choix en Nora et Luan comme collaborateurs. En peu de temps, une profonde amitié s’était développée et, encore une fois, il eut une autre preuve de cette solidarité.

Les yeux noirs perçants de Nora étaient emplis d’une confiance et loyauté incommensurable envers Alex. Elle avait foi en cet homme, convaincue de sa haute expertise. Selon elle, malgré les contradictions ou commérages à son endroit, Alex savait. Il ne fallait que lui donner le temps de réaliser ses idées. Le reste importait peu. Elle soutint encore le regard de Lucas.

— Un autre point ici Lucas, lui dit-elle abruptement.

Celui-ci estompa ses pensées et baissa les yeux vers le sol, acquiesça et y inséra une tige.

***

À l’aéroport international de Nice, les gens allaient et venaient sans se soucier de ce qui se tramait outre mesure dans l’arrière-pays. Les avions atterrissaient tandis que d’autres quittaient vers d’autres horizons. Les flots de passagers en arrivage s’engouffraient dans les bus à destination des services douaniers. Tandis que le tapis roulant charriait les bagages, le brouhaha des dialogues se muait en doux tohu-bohu. Luan et Manuel se fondaient aisément parmi cette cohue ordonnée. Avec un sac en bandoulière, le jeune garçon âgé d’une douzaine d’années balayait de ses yeux bleu nuit les files d’attente près de l’arrivée des bagages. À ses côtés, Luan, sortit son iMats. Après quelques courtes secondes, un sourire se dessina sur son visage, augmentant le contraste de la couleur bronzée de son visage. Il entama une discussion joyeuse où, entre autres, lança un regard complice au jeune garçon tout en acquiesçant plusieurs fois. Il regarda sa montre, passa la main dans les cheveux du jeune garçon souriant, acquiesça de nouveau et referma son combiné.

***

Dans les champs de la ferme, là où plusieurs tiges cuivrées étaient profondément insérées dans le sol, Lucas, Alex et Nora revenaient vers le cabanon abritant le stabilisateur.

— Bonne nouvelle Alex ! Luan et Manu sont de retour plus tôt que prévu ! annonça la jeune femme en refermant son iMats.

— Excellent ! répondit-il.

Il se sentit soulagé de ce retour prématuré. Il avait aussi hâte que Nora du retour des voyageurs. Chassant cette pensée, il transféra les données du DOEM au stabilisateur. Elles se mirent à défiler rapidement. En quelques courtes secondes, le DOEM fut en mode attente. Alex roula lentement la sphère de l’EV, servant de contrôle pour ajuster l’onde. Un son aigu survint de loin, puis arrêta. Il continua de tourner la sphère encastrée dans le panneau. La ventilation de la grange partit et, une musique se fit entendre en provenance du bâtiment principal. Tout revenait à la normale. Avant même que Lucas puisse sourire, la musique arrêta de même que la ventilation.

— Ça s’en vient… Pas de quoi s’énerver… Faut seulement ajuster la forme d’onde afin que le stabilisateur puisse la reconnaître…

Les vagues ondulatoires sur le moniteur guidaient le mouvement d’Alex. La première forme d’onde se calqua sur la seconde, les vagues se firent plus régulières puis changèrent en ondulations. La ventilation et la musique repartirent, brisant le lourd silence de mort qui s’était installé sur la ferme. Les moteurs des automobiles démarrèrent aussitôt, faisant sursauter Chavez endormi dans son véhicule. Les agents et les équipes dépêchées sur les lieux sortirent de leur voiture, curieux, et s’approchèrent du trio en applaudissant. Les vaches se réveillèrent et reprirent leur parcours routinier vers l’étable comme si rien ne s’était passé. Chavez, ayant rejoint l’arrière de l’attroupement humain, réfléchit à ce qu’il venait de voir. Cela allait au-delà de son entendement. Nora sourit vers Alex. Je suis heureuse pour toi Alex ! pensa-t-elle. L’homme acquiesça la tête, retournant le compliment. C’est à toi que revient le mérite, toi et Luan ! Non Alex, songea-t-elle ayant capté la pensée du scientifique, pas cette fois-ci, tu sais très bien que Luan et moi n’aurions pu trouver la solution au problème, du moins pas aussi rapidement. Cet échange de pensée fut de courte durée, car ils s’embrouillèrent dans leurs réflexions respectives. Nora sentit très bien l’effet de gratitude produit sur le scientifique. Il était devenu quelque peu taciturne dans les dernières années. Le temps arrange les choses, espéra-t-elle.

***

Au centre d’observation mondial, Charles regardait l’immense tache blanche fondre à vue d’œil, laissant les verts, orangés et jaunes reprendre possession du territoire végétal de la région. Hum… Il n’a pas perdu la main malgré tout ce temps, pensa Charles. Il fit pivoter sa chaise vers la fenêtre, portant son regard au loin, vers la chaîne de montagne entourant le côté est de la ville. Nous sommes partis de loin… pensa-t-il. Nous voulions changer le monde en proposant de construire un centre mondial, mais la bureaucratie s’était faite laborieuse. Alex avait persévéré et terminé les plans des satellites de même que ceux des réseaux de connexions vers les nouveaux détecteurs vibratoires. Il nous avait tous pris par surprise. Il ne restait plus que l’approbation de la construction du centre. Charles se frotta les yeux. Que de problèmes surviennent lorsque quelqu’un a une bonne idée, on dirait que les vautours se mettent à voler au-dessus de sa tête. Des disputes politiques ont éclaté quant au choix de l’endroit d’érection de l’édifice et qui devait faire partie du Conseil d’administration. Alex a refusé catégoriquement qu’un pays soit plus favorisé qu’un autre au niveau de la direction du centre, de même que les techniciens embauchés. La seule raison pour laquelle le centre devait être construit dans le sud de l’Europe, principalement à l’orée de la frontière Française-Suisse et italienne, était la forte concentration énergétique des flux présents. En fait, le point précis des concentrations était et est encore dans les montagnes, mais les investisseurs avaient préféré s’établir dans la vallée, offrant de meilleurs avantages financiers. Toujours la même sacrée question d’argent ! Et c’est là qu’Alex a quitté le projet. Luan récemment embauché nous a donné un coup de main en terminant les plans. Charles se leva et arpenta la pièce. Il jeta un coup d’œil à l’écran, puis replongea dans ses pensées. Alex a toujours disposé d’alliances fortes et évidemment il avait des accords de toutes sortes. Il disposait déjà d’une superficie de 1500 âcres de terrain dans les montagnes. Au lieu de ficher le camp ailleurs, il a plutôt décidé d’y construire sa maison, et son labo. Charles reprit place dans la chaise. Depuis, jamais je ne l’ai revu… Sauf pour sa femme.

***

Un des plus grands yachts au monde, doté d’une puissance inégalée au coût de plusieurs millions de dollars, quitta la mer Méditerranée en cette fin d’après-midi pour poursuivre sa course dans l’Océan Atlantique. Il ne fallut qu’à peine une trentaine de minutes pour que le yacht atteigne l’île artificielle. Occupant une superficie de plus de 5 kilomètres carrés, ce qui fut bien au-delà de ce que les premiers bâtisseurs avaient prévu, Eutopia, reprenant un nom devenu légendaire lors de la parution d’un livre en 1516 du même nom relatant son histoire paradisiaque, était l’endroit rêvé des grands de ce monde. Naviguant dans les eaux internationales, elle était pourvue d’un système de navigation et de défense éprouvé. Ce système permettait de déceler et détruire tout missile téléguidé ou non avec une portée offensive que plusieurs pays rêvaient de posséder. De puissantes génératrices propulsaient l’île et les bâtiments résistaient à de forts mouvements de masse d’eau imprévus. Cependant, ce qui en faisait un endroit tout autant redoutable d’un certain point de vue était son appareillage à la fine pointe des dernières technologies. Mais n’entre pas sur Eutopia qui le voulait, car les milliards de dollars nécessaires à sa construction ne furent investis que par un petit groupe restreint de milliardaires qui, très rapidement, prit le nom d’ENWEB, Eutopia New World Era of Billionaires ou les milliardaires d’Eutopia de l’ère du Nouveau Monde. L’un d’eux, le scheik Aran d’Aboulah, aborda l’île à bord du luxueux yacht, puis accosta à l’embarcadère dissimulé sous l’île, lui donnant un accès direct à ses appartements.

***

Au Japon, Wakitsa réfléchissait. Il avait suivi de près la disparition de la tache blanche. Espionnant les données du COM, il sut qui avait été responsable de la formidable remise en réseau de la ferme.

— Allexan Fonwell ! Toujours aussi astucieux, dit-il tout doucement. Mais comment t’es-tu rendu sur cette ferme si aucune énergie ne pouvait y circuler ?

Il se mit à analyser la nouvelle onde de forme, affichant les comparatifs et la puissance de celle-ci. Il put également s’apercevoir que le COM faisait de même.

***

Du haut de la montagne surplombant Puys-des-Abysses, d’étranges poteaux rectilignes étaient parsemés sur le terrain, de part et d’autre de la route, meublant le domaine d’Alex. Un petit chemin d’à peine une cinquantaine de mètres séparait la maison de la voie pavée. À une vingtaine de mètres de la demeure, presque à mi-chemin de la voie pavée, se trouvait le laboratoire. La porte principale orientée nord, faisant face à la maison, donnait sur un jardin abandonné depuis plusieurs années. Quelques nénuphars flottaient sur un plan d’eau devenu stagnant avec le temps. Les quenouilles s’agitèrent à peine sous la brise chaude lorsque Nora termina une conversation sur son iMats.

— C’est bien… De nada. ¡ Hasta !

Elle se leva, puis pénétra dans le labo, retrouvant Alex.

— C’était Charles ! Il te remercie et a apprécié que tu te sois déplacé personnellement.

Sans prêter davantage attention au compliment, il acquiesça puis reporta son regard au déplacement infinitésimal d’un bras robotisé. Sur l’écran tactile, le faible tracé lumineux indiquait la progression du mouvement imperceptible à l’œil humain. Satisfait du résultat, il fit rouler sa chaise vers un autre ordinateur et sur un moniteur tout aussi sophistiqué, déplaça la forme affichée puis effleura d’autres pictogrammes.

— J’ai terminé la batterie, dit-il.

Nora sourit. Rien n’importe plus que la recherche ! Les lauriers et les mérites ne te rendront jamais heureux, pensa-t-elle, tant que le but ne sera pas atteint. Rencontres sociales, sorties mondaines et tout le reste, c’était pour Lydie, pas pour toi. Comme nous nous ressemblons sur ce point !

— Un coup de main pour le rapport ? proposa-t-elle en chassant ses pensées.

— Pas de refus… Mesure l’échelle vibratoire por favor !

Dans l’une des nombreuses armoires longeant le mur adjacent à la porte, Nora prit un appareil muni d’un long fil torsadé se terminant en pointe métallique. Elle installa la pointe au bout d’un troisième bras robotisé.

— Prête.

Alex, d’un geste de la main sur son moniteur, fit glisser les coordonnées vers le moniteur de sa partenaire. Les doigts agiles de Nora appuyèrent sur le tableau et les données furent en action, ouvrant une nouvelle fenêtre. Aussitôt, le bras du robot glissa silencieusement sur ses rails, pivota et tourna de quelques degrés pour se positionner à l’endroit mentionné puis s’immobilisa à un millimètre près juste au-dessus de la batterie, la pointe métallique dirigée exactement vers son point focal. La lecture s’afficha sous forme graphique. Une voix se fit entendre, celle de Lydie qui avait été synthétisée pour remplir les rapports de labo.

— Appareil de pointe accumulateur d’énergie…

Alex esquissa à peine un rictus. Nora baissa le volume jusqu’à le rendre inaudible. L’analyse se poursuivit, transférant les informations au fur et à mesure que le bras robotisé se déplaçait.

— Ils devraient arriver sous peu, annonça-t-il.

— Oui, j’ai hâte, soupira Nora.

Une belle femme, intelligente et amoureuse avec un homme tout aussi beau et intelligent, pensa-t-il. Il devint songeur. Nora le regarda. Elle le vit encore une fois parti dans ses pensées, hors du temps présent, vivant dans un autre monde, un autre temps, celui de Lydie probablement. Alex, surpris du regard de Nora, se sentit un peu mal à l’aise. Il formula tant bien que mal une réplique.

— Je suis content, autant pour vous deux que de vous avoir comme collaborateurs, vous faites une merveilleuse équipe.

Nora se sentit gênée.

— C’est vrai… Je me sens choyée d’être avec Luan. Mais avec toi, on se sent en famille… Et il aime beaucoup Manuel.

— Ah Manuel Manuel Manuel ! Par chance que ton mari est là, je lui fais totalement confiance.

— Oui, je sais. Il en prend un soin jaloux comme son propre enfant.

— Et à quand votre tour ?

La jeune femme se sentit prise au dépourvu. Alex avait misé juste. Si ce n’avait pas été de Luan, elle aurait explosé ! Mais comment expliquer l’inexplicable ? Pourtant, elle aimerait sentir un enfant grandir en son sein. Depuis quelques heures, elle sentait que justement elle était en période d’ovulation. Luan arriverait bientôt… Elle espérait que ce miracle pourrait devenir réalité, comme à chaque fois.

— Il y a le travail Alex…, dit-elle faussement.

S’apercevant de sa réponse évasive, Alex fit quelques pas vers la porte, porta son regard vers le jardin d’eau. Son regard se perdit en pensées quelques secondes. Sans se retourner, il poursuivit sa pensée.

— Cela peut prendre encore plusieurs années avant d’arriver à un résultat concret, si résultat il y a bien sûr, et tu le sais tout aussi bien que moi.

— Oui, c’est vrai, mais… tu sais que Luan et moi sommes très heureux dans ce que nous faisons actuellement. Pour Luan, rien de plus beau n’aurait pu arriver, nous sommes très fiers de travailler avec toi. Pour ce qui est de l’enfant… C’est vrai également, j’aimerais tomber enceinte…

— Mais ?

— Nous n’avons pas vraiment pris le temps de regarder ça de près, mais il y a que… je crois que… non… En vérité, je ne peux pas tomber enceinte… laissa-t-elle finalement échapper d’un souffle, soulagée de l’avoir dit.

Alex la regarda, surpris de cette révélation.

— Mais pourquoi ? Si je peux poser la question bien sûr.

Nora balaya l’air de la main tout en acquiesçant.

— Il ne faut pas t’en faire pour autant, on a Manuel à s’occuper, ce qui n’est pas peu dire ! ajouta-t-elle d’un ton plaisantin.

Alex sourit. C’est vrai que cet enfant demandait une attention constante. Non pas dû à une hyperactivité, mais par une soif de voir, de connaître et une curiosité intelligente difficile à saisir et aussi à rassasier.

— Il va grandir, faire sa vie et qui sait ce qui pourrait arriver par la suite ! Que restera-t-il ? Je n’en sais rien. Ainsi va le cycle humain.

Il porta son regard vers la femme, souleva les sourcils sans pourtant répéter la question de vive voix. Elle saisit le message et son expression changea du tout au tout. Alex y lut une tristesse jamais perçue auparavant.

— Ce n’est pas une très belle histoire que la mienne, répondit-elle sans prendre de détour. Ça remonte à l’âge de dix ans. Mon père avait été transféré dans un petit village, au cœur de l’Amazonie. Comme tu le sais, les exploitations agricoles ont ravagé les forêts et les villageois n’avaient que ces champs pour se nourrir, et comme terrain de jeu. Tous ces champs étaient en fait des monocultures de soja et principalement de maïs à partir de semences génétiquement modifiées contenant de l’Épicyte.

Alex ne put croire que cette belle femme avait été au cœur d’un des problèmes d’éthiques les plus controversés de l’histoire de la biotechnologie. Nora poursuivit.

— Personne n’était vraiment au courant, et mon père, en tant que médecin et biologiste, avait la tâche de guérir et d’éduquer les gens. Il croyait que la malnutrition et l’insalubrité des lieux étaient la cause du faible taux de natalité en plus des autres nombreux problèmes de santé. La seule nourriture que les gens pouvaient se procurer se trouvait principalement à la porte de leur village. Un jour, alors que mon père et moi nous trouvions dans ces champs pour prendre des épis de maïs, un avion a passé en rase-motte pour répandre un herbicide, du Glyphosate [i]. Le pilote nous a aperçus trop tard pour arrêter le déversement. Mon père a soulevé ma robe pour cacher mon visage, mais sans grand résultat. Ça a été la goutte qui a fait déborder le vase. Je suis tombée comme une feuille, à deux pas de la mort. Mon père m’a sorti rapidement du champ et m’a fait transporter à l’hôpital. Inutile de te raconter tous les détails. Ce fut le branle-bas de combat pour me guérir. Il ne fut pas long que la compagnie responsable se soit mise de la partie. Sans avouer leurs torts, mon père a vite compris les rouages inhumains qui se tramaient dans les champs. Pour éviter des problèmes médiatiques, ils ont tout fait pour me sortir du pétrin, mais surtout étouffer l’affaire. Au bout de quelques jours, j’en suis ressortie sans aucune séquelle.

— Aucune ? demanda Alex, surpris qu’elle s’en soit sortie indemne.

— C’est ce qu’ils ont dit.

Alex fronça les sourcils. Il se douta que quelque chose clochait. Sans être un expert en biotechnologie, il en savait suffisamment pour savoir que l’Epicyte avait été, avant tout, créé pour contrer la surpopulation mondiale. Mais cette supposée grande découverte du début du millénaire avait fait davantage de ravage dans les pays modernes et originaires de cette découverte que dans les contrées surpeuplées.

— Et tu as raison de douter, ajouta Nora en voyant Alex incrédule. Mon père a également réagi de la sorte. La semaine suivante, nous nous étions rendus à Sao Paulo afin de rencontrer les plus grands spécialistes. C’est là que nous avons appris la vérité. Comme cela faisait plus de six mois que nous étions dans ce village, nous avions consommé des épis de maïs et du soja pendant tout ce temps, dont les semences étaient modifiées génétiquement au Glyphosate afin de résister aux épandages du même herbicide. Nous avions eu les prémisses de quelques malaises, mais nous mettions ça sur le compte du changement de vie, de lieu, du stress, et autres raisons plus ou moins valables.

Elle tourna son regard au-delà du jardin, vers la vallée, vers la ville.

— L’Épicyte agit comme contraceptif. Des anticorps « naturels », si je peux dire, contre les spermatozoïdes, comme si ceux-ci étaient des virus ou bactéries. Aucun spermatozoïde ne peut atteindre l’ovule. Le Glyphosate, sans parler des nombreuses maladies reliées à cet herbicide, crée des problèmes de fécondité. Mes chances de tomber enceinte sont donc nulles. Et je ne suis malheureusement pas la seule. On savait que le manque de nourriture dû à une forte population s’en allait vers un cul-de-sac alimentaire. On savait également que nous étions dans ce village et on savait que mon père découvrirait tôt ou tard la vérité. Je n’irai pas jusqu’à dire que nous étions visés, mais les circonstances entourant cette affaire étaient très peu fortuites. J’imagine que tu as déjà entendu parler d’eugénisme ? demanda-t-elle.

Alex acquiesça sans nécessairement comprendre pourquoi l’être humain, supposément l’être le plus intelligent de la création, pouvait être pire que le charognard rodant la nuit pour dévorer, non pas les restes des déchets, mais des êtres en parfaite santé physique et mentale.

— Alors voilà ! Nous croyions tous que le racisme avait été éradiqué, et nous parlions du 21e siècle comme une ère où tous les problèmes sociaux et environnementaux seraient réglés, où tous les êtres humains seraient égaux et mangeraient à leur faim, où…

Elle arrêta de parler, prit une grande bouffée d’air. Alex lui donna le temps de se reprendre.

— Mon père était le parfait exemple de cette philosophie. Il y croyait et était le premier à se mettre sur la liste pour aider les autres.

Nora fit une autre pause.

— Alors que j’étais toujours à l’hôpital, nous avons eu la visite de plusieurs gens importants. Il me semble même que le président soit venu nous voir, mais mon père ne voulait rien concéder. Si tu crois que j’ai mauvais caractère quand je me fâche, tu aurais dû le voir à ce moment ! ajouta-t-elle avec un léger sourire.

Alex lui retourna le sourire.

— Il voulait alerter les médias et partir en guerre. Il trouvait tout simplement impardonnable qu’une population entière soit sous le joug d’un petit groupe de décideurs. Il a été menacé et… lui a été dit que probablement je ne pourrais pas m’en remettre. Les difficultés que mon cas présentait se faisaient nombreuses, et l’Épicyte avait déjà modifié mes propres gènes. Ma vie s’est jouée entre ses mains. Il a cédé. J’étais la personne la plus importante dans sa vie depuis le décès de ma mère, et il ne voulait pas me sacrifier. Aujourd’hui, je peux dire qu’il a sacrifié la vie de centaines, sinon plus, d’autres personnes en échange de la mienne.

Nora étouffa les derniers mots. Alex en saisit toute la portée. Il la comprenait très bien, et surtout il comprenait le choix difficile que son père a dû faire à ce moment. Il était inimaginable de penser jusqu’où un être humain pouvait aller pour assouvir sa suprématie fantasque sur la race humaine, prônant et devisant qui devait être éliminé et qui devait survivre. La jeune femme reprit son souffle à nouveau.

— Ce n’est que peu après que j’ai compris tout le cirque qu’il avait fait. Il voulait s’assurer que je puisse survivre et faire ma vie, la sienne étant comptée. Il avait lui aussi été affecté par le Glyphosate, plus que je ne l’ai été. Il est décédé quelques mois plus tard, cancer généralisé.

Quelques secondes de silence suivirent. Son regard se porta vers l’horizon.

— J’essaie d’être positive. Malgré toutes les technologies ayant vu le jour depuis plusieurs décennies concernant la reproduction et garantissant une réussite totale sur tous les points, autant de la décision du sexe de l’enfant que de son apparence, je voudrais laisser la nature suivre son cours. Toute forme d’intervention chimique, de chirurgie, génétique ou autre panacée révolutionnaire me rendent malade. Je suis davantage rendue au point où j’ai besoin de croire que cette nature pourrait accomplir un miracle par elle-même.

— Et Luan, que pense-t-il de tout ça ?

— Nous nous sommes rencontrés à l’université. Comme j’étais douée, je m’y suis retrouvée à quinze ans, cinq années après ces événements tragiques. Je voulais refaire ma vie et j’ai travaillé dur, m’oubliant même au prix d’une réussite. Bref, je ne lui ai évidemment rien raconté de cette partie de ma vie, je ne voulais pas briser cette forte amitié qui nous avait liés au départ, puis je craignais par la suite qu’il me quitte, car il désirait avoir des enfants. Je me suis sentie démunie… Je lui ai finalement avoué ce « secret » afin de ne pas créer de faux espoirs. Il a été anéanti par tout ça. Comme plusieurs, il a été révolté et voulait tout faire pour m’aider. Mais la biologie n’est pas sa force. Je lui avais dit qu’il n’avait pas à trouver de remède à mon problème, déjà que j’avais passé plusieurs années à le comprendre, et le digérer. Il s’était promis qu’un jour, il mettrait à terre la biotechnologie.

Nora fit une pause. Des souvenirs affluaient en sa mémoire.

— Il croit lui aussi à un miracle, au fait que la vie sait se tracer un chemin. Il me dit souvent que nous devons tout simplement prendre le temps même si ce temps est parfois difficile à trouver, toujours mal choisi, jamais opportun. Et quand ce moment se présente, je suis à chaque fois d’une nervosité maladive, difficile à contrôler.

— Je suis extrêmement désolé d’apprendre tout ça… Si je peux vous aider d’une quelconque manière…

Elle tourna son regard vers Alex.

— Je sais, mais nous ne sommes pas ici pour profiter de toi ou de ce que les ondes de forme puissent changer quelque chose, malgré le fait que nous sommes très au courant de toutes les percées qui ont été accomplies dans ce domaine. Si on l’avait voulu, on aurait pu te demander de nous aider dès notre première rencontre. Mais je ne veux pas me sentir égoïste, je ne peux être exigeante envers la vie, car, jusqu’à maintenant et malgré ce qui s’est passé dans mon enfance, la vie m’a beaucoup donné et je l’apprécie grandement. Luan m’a énormément appuyée et je remercie le ciel de l’avoir mis sur ma route. Nous faisons une très bonne équipe et nous nous aimons plus que tout. Je veux continuer ainsi, vivre simplement, honnêtement et avec sincérité. Je base ma vie sur ce que j’ai et suis et non sur ce que je pourrais avoir ou être. Alors, pourquoi en demander davantage au risque de tout voir s’effondrer ? Je fais confiance à la vie, elle saura effectivement trouver le bon chemin… Luan autant que moi regardons vers l’avant et parallèlement à tout ça, nous te sommes redevables de cette chance que tu nous as offerte de participer à tes recherches. Au moins, ça nous a permis de prendre une certaine revanche sur la biotechnologie avec la création des stabilisateurs agricoles !

Alex sourit tout en acquiesçant.

— Oui j’y pensais justement. Voilà donc la raison de cette recherche obstinée ? dit-il avec un clin d’œil.

Elle sourit, puis relâcha un soupir.

— Je dois dire que, indirectement, oui. Et ils fonctionnent sur le principe qui s’inscrit dans la nature même de la création, et non par un moyen quelconque détourné. Dans tous les cas, merci de ton soutien.

— C’est plutôt à moi de vous remercier. Vous avez apporté tant de nouvelles idées. Vous êtes un couple extraordinaire et le but premier de cette chance comme tu dis, était celui de la recherche.

— Oui je sais… Nous savions tout cela, mais il y a eu beaucoup plus. Nous en parlons souvent ensemble et aujourd’hui, en ce moment même, nous sentons que nous approchons du but. Le futur va changer Alex, comme nous tous le désirons !

— Inutile de te dire que j’aimerais bien que ces idées se réalisent, mais le temps passe, et parfois je me demande si ce n’est pas utopique ce rêve.

— Mais Alex, c’est incroyable toutes les percées scientifiques que tu as faites !

— Que nous avons faites ! rectifia Alex.

— D’accord, mais tu as été le précurseur avec des appareils et des concepts innovateurs, et surtout une inspiration pour nous tous. Et si nous sommes avec toi, c’est pour la façon que tu mènes tes expériences, pour l’homme que tu es et non pour ces résultats glorieux. Nous n’en voulons pas de cette gloire, nous ne voulons pas pavaner et nous assouvir d’une supériorité que pourrait nous donner ce statut.

Nora avança, contourna Alex et sortit dans le jardin. Après quelques pas, elle se retourna et lui fit face.

— Tu nous as recrutés pour notre expertise et aussi notre flair.

— Et j’ai reçu en prime votre amitié !

Nora acquiesça. Il est vrai que le trio s’était rapidement lié d’amitié avant même qu’une collaboration sérieuse soit entamée. La confiance s’était également formée en un rien de temps, la confiance de la réussite, du soutien, de la camaraderie, du partage autant scientifique qu’humain.

— Ce qui jusqu’à maintenant a porté fruit ! ajouta-t-elle. On approche du but, je ne l’ai jamais senti aussi près de nous. Lorsque tu seras prêt, nous serons avec toi, ainsi que pour la suite ! Le reste, et tu sais maintenant que je pèse mes mots, importe peu.

Alex en comprit tout le sens. Puis elle compléta, utilisant son charme animé de son sourire dévastateur.

— La meilleure façon de construire un futur solide, c’est de le créer humblement.

Alex ne put s’empêcher de sourire. C’est ce que préconisait toujours Lydie, pensa-t-il immédiatement. À ce moment, dans le labo, un écran virtuel entra en opération, détournant l’attention. Des images apparurent.

— Ah ! Voilà cette fameuse émission scientifique… dit Nora en entrant. On va voir la vedette !

— Café ? proposa Alex.

— Bien sûr !

— Comme d’habitude… Noir, pur et fort ?

Nora leva le pouce en l’air. Alex sentit qu’elle s’était remise de ses émotions. Jamais il n’avait eu de confidences aussi dévastatrices que celles qu’il eut entendues.

**

Chapitre 7

Une limousine entra dans un hangar privé de l’aéroport international John F. Kennedy, à New York. Un jet était en place. La porte de la limousine s’ouvrit et laissa place à un homme bourru. Le chauffeur s’empressa de prendre les bagages et les passer à l’hôtesse. L’homme se rendit tant bien que mal aux quelques marches, puis les grimpa avec effort. Une fois à l’intérieur, il s’affaissa dans son siège.

— Champagne ! commanda-t-il aussitôt.

— Monsieur Johnson, je vous souhaite la bienvenue à bord ! Comment allez-vous aujourd’hui ?

Mais elle n’eut aucune réponse. Elle disparut afin d’aller quérir la bouteille. Ce dernier prit son iMats, appuya sur une touche.

— J’y suis, dit-il simplement sans s’annoncer ni saluer son interlocuteur. Je devrais arriver dans quatre heures tout au plus à moins qu’ils ne décident de retarder le départ pour de futiles raisons.

L’hôtesse arriva avec le champagne, puis lui versa une coupe. Elle vint pour repartir, mais il la retint.

— Laissez la bouteille, je vais m’en charger.

— Je vois que vous n’êtes pas en très grande forme aujourd’hui !

— Ça pourrait aller mieux si on pouvait déjà être à Nice, maugréa-t-il.

— Ne vous en faites pas, nous décollons aussitôt que nous aurons accès à la piste, répondit-elle tout en posant la bouteille sur une tablette à même le siège.

— Bien, souffla-t-il. Je dois y être avant la soirée. Je déteste les vols de nuit.

Puis il but sa coupe en une gorgée. Alors qu’il s’en versa une deuxième, son iMats sonna. Sans porter une particulière attention quant à la provenance de l’appel, il répliqua sèchement sans s’annoncer davantage.

— Oui ?

— Wakitsa.

Johnson blêmit.

— Monsieur Wakitsa, comment allez-vo…

— Suffit votre cirque Johnson, nous avons besoin de numéros de série pour des stabilisateurs. Nous en avons besoin d’ici, disons, quatre heures. Je vous envoie les coordonnées de notre client.

Puis il raccrocha. Johnson n’eut pas le temps de répliquer, mais laissa échapper sa frustration.

— Et comment vais-je faire pour trouver ça ?

Les turbines du jet se mirent à tourner et l’avion sortit du hangar. Rapidement, Johnson ouvrit les données reçues. États-Unis, Eureka, Californie… longueurs d’ondes à pourvoir… type d’appareil pour lesquels sont requis les numéros de série. Mais c’est sur mon territoire ça ! Il fut autant surpris de la demande. Pourquoi autant de numéros de série alors qu’il ne s’agit que d’un seul appareil ? Un doute surgit en son esprit. Non, ils ne peuvent répliquer les appareils, ils n’ont pas de matrice!… Wakitsa ? Il n’oserait pas fournir le code de la matrice, c’est se tirer une balle dans le pied, et dans le mien de surcroît!… Que mijote cette espèce de petit singe jaune encore ? Il entra quelques codes puis obtint rapidement la communication.

— Créez de nouveaux numéros de série, ordonna-t-il brusquement.

— Ça va prendre un certain temps, monsieur Johnson, et nos ingénieurs sont à travailler…

— Je sais que ça va prendre du temps abruti, coupa-t-il sèchement. Je sais que les ingénieurs sont débordés par notre production ! Et pourquoi je vous demande ça maintenant quand je sais que ça va prendre du temps ? Il y a priorité là ! Je vous envoie les coordonnées immédiatement et… et lorsque ce sera prêt, faites-le-moi savoir aussitôt, mais tenez-vous prêt à livrer le tout avant la fin de l’après-midi.

— Nous avons besoin du code de la matrice pour se faire…

— On se fout de la matrice… Hé merde !

Il ne savait que trop bien qu’une matrice encodée devait être créée selon un protocole bien défini avant de produire de nouveaux numéros de série, et cela ne pouvait se faire aisément sans outrepasser la politique du COM.

— Créez une nouvelle matrice encodée et arrangez-vous pour qu’elle soit indépendante de notre ligne de production, au cas où on voudrait en retracer l’origine.

Il raccrocha nerveusement puis s’aperçut que l’hôtesse se tenait à ses côtés.

— Pourquoi n’avons-nous pas encore décollé ? demande-t-il furieusement.

— Nous attendions que vous terminiez votre conversation, monsieur Johnson, car nos communications avec la tour de contrôle sont interrompues aléatoirement à cause de votre appareil téléphonique.

— Vous n’avez toujours pas compris ce qu’est un iMats… ça ne dérange rien du tout !

— Mais le commandant…

Il l’interrompit en marmonnant.

— J’ai fini de toute façon, on peut partir maintenant ?

***

Dans le labo d’Alex, Nora ajusta le volume du poste télévisé pour écouter le reportage. L’animateur commenta les recherches actuelles sur les nouvelles formes d’énergie.

—… de ces ressources naturelles qui, et cela depuis au moins un demi-siècle, font partie de nos préoccupations quotidiennes. Des chercheurs ont fait plusieurs…

***

Sous la nuit entamée, la neige continuait à s’accumuler sur la lamaserie tibétaine. Lenky marcha vers la salle des prières. Quelques chandelles éclairaient l’étroit corridor qui menait à la grande salle sobre du temple. Cette sobriété était d’ailleurs ce qui se reflétait du temple. Dans la salle des prières, plusieurs moines l’attendaient. Au centre de la pièce se trouvait une petite flamme faible et vacillante, dansant au-dessus d’une coupole de cuivre ternie par le temps. Lenky prit place dans le cercle formé. Une prière débuta au son guttural si commun de ces moines. La flamme feutrée de la coupole se mit à grandir et se déploya tout en devenant plus lumineuse, sans qu’aucune chaleur ne se fasse sentir. Le feu vacillant devint plus dense, adoptant un rythme plus lent, élançant quelques pointes d’éclats vers le groupe. On aurait cru voir une fontaine de lumière reflétant sa blancheur sur tous les moines.

***

Sur le poste télévisé, l’animateur acheva son long monologue d’introduction.

—… et pour nous en parler, le physicien Luan Carinho Vinheiro s’est joint à nous, réputé pour ses découvertes dont entre autres les stabilisateurs agricoles. Il est bon de rappeler à nos téléspectateurs que ces appareils augmentent la quantité tout en conservant une qualité hors pair de nos fruits, légumes et produits céréaliers, et tout en offrant une résistance face aux insectes et maladies. Le tout sans avoir recourt aux produits chimiques, transformations génétiques et radiations nucléaires. La marche suivante pour cet alchimiste contemporain n’est rien de moins que la concrétisation de la pierre philosophale de nos produits de consommation.

Alex revint avec le café.

— Alors comment s’en tire notre vedette ?

— Avec l’introduction pompeuse de l’animateur, il vient de poser sa tête sur le billot, les électrodes de la chaise électrique sont placées et la foule est prête à le lyncher ! murmura Nora avant de prendre une gorgée.

Alex ne put que sourire à l’énoncé. L’animateur lança un premier propos.

— Monsieur Luan Vinheiro, bonsoir et bienvenue à « La science avant tout ! »

— Bonsoir monsieur Laurenz Becker !

— Monsieur Vinheiro, il y a dix ans, vous avez mentionné que la science moderne faisait depuis longtemps fausse route avec cette pensée traditionaliste d’utiliser une ressource première, qu’elle soit minérale ou végétale, comme source principale d’énergie tout comme l’hydrogène ou autre substance, prétextant que nous devions modifier notre schème de pensée. Vous aviez alors présenté un prototype générant une énergie particulière, propre, mais insuffisante pour les besoins sans cesse croissants des populations. Puis vous avez progressé et six années plus tard, un second prototype est né, surpassant les prévisions des grandes écoles scientifiques de la planète. Sachant que vous maintenez un rythme de recherche assez intense, j’imagine que vous avez surement réalisé d’autres inventions assez impressionnantes. Où en êtes-vous présentement dans vos travaux ?

Alex poussa un soupir.

— Nous y voilà…

Nora sourit.

— Hé oui, et je suis bien contente de ne pas être à sa place !

Alex acquiesça.

— Et moi de même ! ajouta-t-il.

Luan enchaîna sur la question posée.

— Bien, je me dois de spécifier que l’Ordre des physiciens avait retiré notre prototype aux fins d’analyses, nous avait-on dit, sans pour autant nous tenir informés des résultats ou même nous le remettre. Nous avions alors poursuivi nos recherches en réalisant le second appareil. Puis ce même ordre, ne pouvant nier nos réalisations, continua quand même de nous lier les mains. Nous avions alors décidé de modifier l’orientation de nos recherches.

— Vous n’étiez pas tenté de reprendre vos travaux là où vous en étiez, reconstruire un troisième prototype ? interrompit l’animateur.

— En fait nous nous sommes posé la question. Notre prototype ne faisait qu’explorer les forces connues, comme l’électricité et les champs magnétiques, tentant de les reproduire sans pour autant avoir à bâtir d’immenses barrages électriques ou centrales basées sur le nucléaire. Nous avions réussi, mais comme vous venez de le dire, cela demeurait largement insuffisant comme production énergétique. Sans entrer dans les détails, je dirais que nous voulions aller vers l’exploitation de ressources vibratoires.

— Et c’est là que vous avez déclaré, annonça l’animateur, et je cite, « Nous devrions nous alimenter de la même énergie que celle qui maintient les planètes en orbite et permet aux univers de coexister. » N’est-ce pas un peu utopique, monsieur Vinheiro, de penser qu’une énergie qui maintient la cohésion cosmique puisse être accessible si facilement et, de plus, être apprivoisée par l’être humain ?

— L’utopie est plutôt de penser que nous pouvons nous en passer et survivre par la production humaine d’énergies limitées, répondit sincèrement l’invité.

***

Au centre d’observation mondial, Lucas terminait son rapport. Charles, face à la baie vitrée de son bureau, fixant le paysage, prêtait une oreille attentive au superviseur.

—… Et nous avons refait le champ énergétique comme autrefois, conclut Lucas. Par la suite, il a rééquilibré le champ en quelques minutes.

— Donc les détecteurs d’ondes sont au point… pensa tout haut le directeur.

— Il n’y a pas que les détecteurs qui soient au point.

— Non ? s’enquit Charles, quittant la fenêtre.

— Sa voiture a été modifiée.

— Modifiée ?

— Une sorte d’appareil permet au véhicule de se déplacer sans aide électromécanique… ce qui lui a permis de se rendre sur place malgré ce qui s’est passé ce matin, contrairement à tous les autres véhicules qui se retrouvaient en panne aussitôt les premiers mètres franchis du territoire concerné.

— Il aurait donc trouvé… balbutia Charles, tournant de nouveau son regard vers la fenêtre. Quelqu’un d’autre est au courant ?

— C’est Chavez qui a fait la découverte, malgré mes avertissements. Il semble en savoir plus qu’il n’y paraît, ou bien il cherche quelque chose de particulier.

— Mais qu’est-ce qu’il faisait là ? renchérit Charles, quittant à nouveau la fenêtre, furieux.

— Mais… c’est moi qui l’ai emmené ce matin après votre rencontre… balbutia Lucas.

Charles murmura à peine tout en hochant la tête.

— Ouais… C’était mon idée, surtout pour m’en débarrasser.

Après quelques secondes d’attente, il ajouta.

— Dis-lui de revenir me voir, j’ai du nouveau pour lui.

***

L’entrevue télévisée se poursuivait.

—… Une fois déployée, cette énergie engendre le mouvement… Une roue par exemple, comme un moulin à eau. La roue crée une énergie.

— Ce qui était déjà connu depuis longtemps par nos ancêtres d’ailleurs, mentionna l’animateur, minimisant l’impact de l’explication.

— Exactement ! accorda le jeune scientifique. Mais pourquoi l’opposé ne serait pas possible ? Que l’énergie se trouve présente et fluide, mais que la roue se déplace en s’activant dans ce champ d’énergie, qui lui demeure inchangé, sans modification de son rythme vibratoire et sans perte aucune. Voilà la vraie question !

— Vous voudriez nous donner un exemple, afin que nos téléspectateurs puissent comprendre ? demanda l’animateur, tout autant interloqué.

— Oui bien sûr. Ce que nous avons tous appris étant jeune est l’action de la roue sous la force hydraulique. Cette roue offre une résistance en son axe, et la force de l’eau la fait tourner sur cet axe. Cette action donne une énergie x, qui permet de faire fonctionner un autre mécanisme, une génératrice électrique par exemple. Si je prenais la même roue et qu’elle se déplace sur l’eau, elle tournerait sur elle-même pour fournir la même énergie connue tout en avançant sur l’eau, amenant une autre sorte d’énergie, celle de déplacement. Ma source d’énergie, l’eau, demeure toujours présente sans modifier ses propriétés propres ni sa direction. En quelque sorte, je me laisserais porter par cette énergie.

— Mais on ne pourrait déplacer un barrage électrique sur une rivière tout de même et cela ne nous donnerait pas cette électricité que nous avons tous besoin ! pointa l’animateur.

— Non, bien sûr ! Nous connaissons assez bien le pouvoir de l’eau, car nous nous sommes employés à l’apprivoiser. Mais pour l’homo sapiens commun toujours en état d’alerte en nous, cette eau est encore inconnue, on n’a apprivoisé que la surface de la matière et non la source qui l’active. Ce que nous cherchons est une façon de percevoir l’énergie. Qu’est-ce qui fait que l’eau est eau ? Qu’est-ce qui l’alimente et lui donne ses propriétés ? Pourquoi avoir besoin d’électricité si nous avons une ressource autre qui nous provient d’un niveau supérieur ? On ne pourrait pas éliminer les intermédiaires dans ce processus ?

À ce moment entrèrent Luan et Manuel dans le labo.

— Voilà nous sommes en retard comme d’habitude, mais pour une bonne cause comme toujours ! énonça Luan.

Nora, les yeux pétillants en entendant la voix familière, quitta l’écran.

— ¡ Holà homen[ii] ! Après trois semaines d’absence, je commençais à m’ennuyer, dit-elle tout en jetant un regard fulgurant vers son homme.

Luan s’approcha de sa superbe femme pour l’embrasser, mais Manuel le devança en lui sautant dans les bras.

— Hé bien on dirait que le pequenho[iii] s’ennuyait davantage ! dit-elle en serrant l’enfant dans ses bras.

— Tu m’as manqué ! dit le jeune garçon.

Luan l’écarta gentiment et donna un baiser à Nora.

— Bien à moi aussi elle m’a manqué…

— On dirait que je n’ai manqué à personne ! se plaignit Alex.

Manuel sauta dans les bras de son père. Alex le serra, heureux de le revoir. Luan attiré par le téléviseur, remarqua l’émission.

— Il y a plus d’une dizaine d’années, le controversé Allexan Fonwell proposait un projet de générateur d’ondes de formes pour remplacer avantageusement les ressources naturelles, faisant appel aux énergies déjà existantes qui maintiennent la vie environnante. Est-ce qu’avec votre aide, ses recherches ont progressé ? demanda l’animateur.

Luan, dans le labo, passa une remarque.

— Tiens la diffusion du reportage est aujourd’hui ? Je croyais qu’ils voulaient le présenter le trois septembre.

— Hé l’homo sapiens, c’est aujourd’hui le trois septembre, et en plus, 2045 ! Tu veux d’autres détails ? dit Nora en lui donnant une tape amicale sur l’épaule.

— Ah non, ça va aller ! répondit-il en souriant.

Puis apercevant la batterie sur le socle au milieu du labo.

— Vous l’avez terminée ? Super !

— On vient à peine… On a fait un peu de boulot pour le COM ce matin. Je t’ai même remplacé ! dit Alex.

— Que s’est-il passé au juste ? demanda Luan, inquiet.

— On ne sait pas vraiment, on a dû refaire le plan schématique du champ de monsieur DeLamont, expliqua Nora.

— Si tu veux tout vérifier et savoir ce qu’on a fait, toutes les données sont dans le détecteur, et les valeurs du plan sont dans le DOEM, ajouta Alex.

— Et le COM, vous avez les enregistrements ?

— Non, on n’y est pas allé. Mais Lucas était présent, lui annonça Nora.

— Hum… fit Luan.

— Le champ électromagnétique a bifurqué tout à coup et le stabilisateur n’a pas compensé, ajouta Nora.

— Et je dois y aller ?

— Non, Alex et moi avons tout terminé avant de repartir.

— Avec le DOEM ?

— Oui, ce fut beaucoup plus rapide.

Luan vint pour crier de joie, mais Alex les arrêta.

— Suffit les discours techniques. On en parlera plus tard. Vous avez faim ?

— Oui, s’écria Manuel. On n’a pas mangé depuis ce matin.

Alex le serra contre lui. Le jeune garçon lui avait manqué.

— Mais je veux savoir la suite ! insista Luan. Lucas n’a rien dit ?

— Et moi je ne t’ai pas vu depuis trois semaines. Et je veux savoir comment s’est déroulée cette rencontre familiale.

Manuel brandit son sac.

— J’ai ramené un souvenir de famille !

Son père sourit. Nora en profita pour chuchoter à l’oreille de son mari. Il écarquilla légèrement les yeux et frôla sa tête contre celle de la jeune femme, ce qui fut remarqué aisément par Alex. Il mentionna, tout en excluant volontairement ses collaborateurs.

— Ah ! Je suis curieux de voir ce que tu as ramené, mais allons préparer de quoi célébrer votre retour. On regardera les souvenirs de voyages ensuite !

Manuel regarda le jeune couple et son père. Celui-ci, après avoir fait un clin d’œil à Nora, ajouta sans façon.

— Nora et Luan viendront nous rejoindre plus tard, c’est à mon tour de passer du temps avec toi maintenant ! Tu m’aides à faire la cuisine ?

Luan, sans avoir perçu la subtilité, murmura à sa femme.

— Quel rabat-joie celui-là !

Elle sourit.

— Il a raison. On risquerait de passer le restant de la nuit à discuter alors qu’il y a mieux à faire !

Et elle l’entraîna par la main. Luan demanda.

— Et mon émission ? Personne ne la regarde ?

— Ce n’était pas une bonne entrevue… répondit ironiquement Nora. Tu es plus performant que ça d’habitude ! Et c’est quoi cette histoire de roue et d’eau, moi je n’ai rien compris !

Luan resta surpris du commentaire, mais sans plus attendre, Nora se tourna vers lui et, alors qu’Alex s’éloignait avec Manuel, l’embrassa.

***

Le scheik, vêtu d’une chemise blanche et d’un jeans, sortit sur l’une des terrasses d’un des plus hauts bâtiments d’Eutopia. Malgré un début de soirée, le soleil était radieux.

— Cher Aran, vous avez fait une bonne traversée ? demanda Neil Richard.

— Comme d’habitude. Où en sommes-nous ?

— Ah cher Aran ! Vous êtes incorrigible sur ce point, vous voulez tout savoir sans être à l’écoute ! Alors voilà, nous attendons les derniers potins de nos « amis » d’ici peu. Mais venez, nous nous apprêtions à aller faire un parcours.

— Nous ? dit-il tout en balayant du regard la terrasse.

C’est alors qu’il aperçut Zoé Orenda, la femme qui était à la tête de la SLAVE[iv], Souveraine Liberté Africaine pour la Vérité et l’Efficacité. Il ne put résister à son regard. De grande stature et la peau légèrement chocolatée, Zoé représentait l’Africaine moderne. Bien vêtue, aux manières gracieuses, cheveux courts, mais défrisés, elle paraissait sourire sans pour autant le faire. Aran, tout en s’en approchant, minauda.

— Chère Zoé, quelle surprise de vous voir parmi nous aujourd’hui !

Cette dernière sourit et reçut l’accolade de l’homme, mais sentit bien son hypocrite affection.

— J’ai voulu vous faire une petite surprise cher Sheikh ! dit-elle tout en se dégageant subtilement. Comment se fait-il que vous ne receviez les nouvelles directement de votre yacht ? Équipé comme il l’est, cela ne devrait pas poser de grands problèmes !

— Disons que je préfère m’abstenir d’avoir des contacts directs avec le monde…

— Chère Zoé, Aran déteste le bas monde, vous ne saviez pas ? riposta Neil.

— Tiens donc ! souleva-t-elle.

Elle était fière d’avoir marqué un point contre l’homme, ce qui n’outra pas davantage le scheik. À chaque fois qu’il se trouvait en présence de la femme, il était subjugué par sa beauté, mais surtout par son charme en dépit d’un caractère à dompter. Il n’en serait pas ainsi si elle était arabe. Neil détourna l’attention rapidement.

— Allons-y alors, nous prendrons Thamas Daquilis dans ses quartiers en cours de route.

Mais le scheik n’écouta plus vraiment son hôte, fixant Orenda.

— Et comment se portent votre femme et vos enfants ? demanda-t-elle, coupant court à toute imagination fertile que l’arabe pouvait avoir.

— Très bien, répliqua-t-il sans se laisser outrer par la subtile remarque sur son état marital, puis détourna le regard du sien. Ils sont ici d’ailleurs, dans leurs appartements. Je me dois de leur laisser le bonjour.

— Vous pouvez surement les faire patienter un peu, Miles nous attend impatiemment sur le parcours. Vous savez son penchant plus que pervers pour le golf, ajouta Neil.

— Bien alors, je vois que je ne peux me soustraire à votre gentille invitation, ajouta-t-il tout en jetant un autre coup d’œil à la femme noire.

Zoé lui retourna un sourire puis ramassa son sac et invita l’homme à passer devant elle, préférant le suivre plutôt qu’il soit en train de la reluquer.

***

Dans la salle de contrôle du COM, un technicien s’affairait à faire des recherches sur les appareils volés au Costa-Rica.

— Toujours rien ? demanda Lucas.

Le technicien hocha la tête.

— On dirait qu’ils ont bien planifié leur coup. Il fallait évidemment s’en attendre, commenta Charles.

— Je comprends, mais de là à éliminer tout le monde. Une vraie tuerie, répondit Lucas. Ils vont surement se manifester et aussitôt qu’une onde sera générée, on pourra les localiser facilement.

— Et ensuite ? Envoyer la cavalerie ? répliqua le directeur.

Lucas resta sans voix.

— On ne peut laisser des actes semblables impunis. Ils ont tué une vingtaine de personnes et volé le stabilisateur et générateur !

— Je sais, mais comme ce n’est pas sur notre territoire, nous ne pourrons ne rien faire. Tout au plus nous pouvons fournir une aide technique.

Lucas maugréa. Il pensa à ce que Nora lui eut dit plus tôt et réfléchit aux conséquences désastreuses si un appareil venait à être modifié à des fins destructrices.

— Malheureusement, ce n’est qu’une réplique de tout ce qui se passe dans notre quotidien planétaire. Tous veulent une part du gâteau et Alex a créé toute une pâtisserie. La bonne nouvelle, c’est que personne ne peut modifier les appareils ou les copier pour les reproduire, du moins pas aussi facilement que cela peut paraître.

— Je sais, la matrice est encodée, mais surtout ils ont implanté des schémas atomiques distincts.

Charles se tourna vers lui, fronçant les sourcils.

— C’est Nora qui me l’a dit cet après-midi, précisa Lucas.

— J’imagine que tu as dû la provoquer pour qu’elle t’avoue ça… car très, très peu de personnes, et on peut les compter sur les doigts d’une seule main, sont au courant de ce fait.

Élise, la secrétaire de Charles, arriva sur les entrefaites.

— Monsieur Chavez est arrivé. Je le fais entrer dans votre bureau ?

— Oui Élise. J’arrive dans un instant.

***

À suivre.

Maran’atha.

*Jñani : un être réalisé et non ignorant sur son chemin.

Lexique:

[i] Le Glyphosate est un puissant herbicide utilisé sur les champs dont les plants ont été modifiés génétiquement et résistant au Glyphosate. Ainsi, lorsque pulvérisé, cet herbicide détruit toute autre pousse sans affecter la récolte.

 

[ii] Homme

 

[iii] Petit

 

[iv] La SLAVE regroupe tous les pays d’Afrique, excluant les pays arabes. Grâce à des restrictions économiques internationales et l’établissement de normes pour la gestion des ressources renouvelables, l’Afrique est devenue une puissance sous la gouverne de Zoé Orenda.

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