Publication chapitre 5

Yai Malena Jñani*

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Sans plus tarder, voici le cinquième chapitre, livre 2.

Chapitre 5

À la lamaserie de Chianxzou, perdue au milieu des montagnes à Xiamchang, au Tibet, la neige tombait en rafale en cette fin d’après-midi. Le jour tirait également à sa fin de façon inhabituelle. Plusieurs âmes palliaient au froid inattendu, fermant fenêtres, portes et apportant du bois pour se réchauffer dans les différents foyers. On se préparait pour la venue de grands froids malgré que ce soit l’été. Dans l’une des pièces, à peine éclairée, un moine méditait. Jambes croisées, regard impassible, respiration régulière, il regardait devant lui un contour lumineux, blanchâtre, informe, suspendu dans le temps. L’image blanchâtre contenait des silhouettes floues. Elles évoluaient sans qu’on puisse les identifier. À un étage inférieur du monastère, d’autres moines se réunissaient dans une grande salle. Une centaine de ces âmes spirituelles prenaient place silencieusement en cercle. Seul le crépitement d’un feu récemment allumé se faisait entendre. Une prière méditative commença alors pour chacun d’eux. Le temps s’écoula, à peine perceptible. Un moine brisa le silence, entonnant un chant lourd et guttural. Les autres moines l’accompagnèrent d’un murmure de notes graves.

***

À quelques milliers de kilomètres plus à l’est de la planète, sur le mont Chōkai au Japon, le soleil était déjà couché. Le seul immense domaine qui s’y trouvait occupait toute la superficie de la montagne. De par les fenêtres situées à l’étage, une lumière oscillante bleutée en émanait. De longues ondulations dansaient sur toute l’étendue d’un mur. De biais face à ce gigantesque écran, Wakitsa analysait les différentes ondes de forme circulant sur la planète. Il s’était déjà rendu compte que les stabilisateurs du Costa-Rica avaient été « déplacés », mais il n’avait pu localiser l’auteur et responsable du court-circuitage des LOPs. Qui connais-je qui aurait pu ? ? se demanda-t-il. Son attention fut détournée par des données inhabituelles affichées sur l’écran mural. Il agrandit la section planétaire couvrant l’ensemble des pays européens. Des fenêtres situées sur le côté droit du large écran laissaient défiler un nombre impressionnant d’informations, de données diverses et de localisations géographiques. Il pointa certaines d’entre elles. L’image s’agrandit, illustrant la France et termina sa course dans le Sud-Est du pays. Une immense tache blanche couvrait une large partie des terres.

— Analyse spectrale, demanda Wakitsa.

L’écran mural afficha aussitôt le plan du territoire agricole. À la droite, trois sections répartissaient le dossier complet de l’endroit définissant entre autres, le type de culture ou d’élevage, les produits donnés, le propriétaire, le type de stabilisateur, le type d’énergie fournie et le fournisseur direct de l’entreprise. Mais les données étaient instables et elles défilaient avec une rapidité étonnante pour une simple ferme.

— Qu’est-ce qui se passe là-bas ?

Une autre fenêtre s’ouvrit aussitôt affichant des hypothèses calculées.

— Données du COM.

Aussitôt, des communications s’établirent, affichant les données du COM sur l’endroit en question. Wakitsa s’étonna.

— Ils sont également sans réponse !

***

Au même instant, sur la ferme, Nora prit l’appareil des mains de Chavez.

— ¡ Si ! Vous pouvez partir maintenant, dit-elle.

— Mais si je peux vous être encore utile… répliqua l’inspecteur, hésitant entre la peur et une soudaine curiosité.

— Je crois que c’est préférable pour votre sécurité, ajouta Nora.

Le fermier les salua, signifiant à son tour qu’il les laissait faire leur boulot. Chavez, résigné, fit de même, non sans avoir jeté un dernier coup d’œil à l’attention de Nora. Alex le regarda s’éloigner sans regret, mais ce coup d’œil ne passa pas inaperçu. Il se tourna vers la jeune femme, intrigué.

— Il a le béguin pour moi ! avoua candidement Nora.

Lucas fronça les sourcils.

— J’aime mieux ton Luan que celui-ci ! répondit Alex.

— Ah les hommes ! ajouta-t-elle.

Alex émit un petit rire, ce qui émerveilla Nora. Elle sourit. Elle savait très bien l’attrait qu’elle exerçait sur les hommes, mais jamais elle n’avait abusé de ce pouvoir. Elle se retourna vers Lucas, perplexe d’une situation dramatique devenue maintenant amusante à leurs yeux, et lui fit un clin d’œil complice. Lucas ne put cependant comprendre que ce rire apparu soudainement permit à Alex de relâcher une tension soutenue après d’intenses recherches. Il ne put comprendre que toutes les années d’isolement suite à la mort de sa femme reprenaient un peu de leur droit à la vie comme tout être humain. Puis le rire cessa.

— Bon, dit Alex, finissons-en !

D’un geste, devenu une habitude quasi quotidienne, Nora inséra les cylindres argentés dans l’EV puis fit glisser les plaques de platine, refermant les cavités. Aussitôt l’appareil perdit son poids et fut en parfaite sustentation magnétique. Également, il s’aligna sur la même longueur d’onde que celle du stabilisateur agricole, forçant le courant énergétique à alimenter la zone désignée. Un son aigu se fit entendre immédiatement. Le long sifflement plaintif augmenta en fréquence jusqu’à devenir inaudible. Une ébréchure lumineuse apparut en un éclair, parcourant le sol de la route jusque dans les champs, se dispersant comme un immense court-circuit au niveau du sol. Ayant ressenti la vibration, Alex leva la tête. Il regarda Nora. Elle l’avait également ressentie. Lucas, curieux de savoir ce qui s’était passé, attendit une sorte de verdict de leur part. Près du stationnement, Chavez avait arrêté sa marche. Il se retourna, mais ne vit rien. L’air devint chargé, lourd, comme avant un grand orage.

***

Dans la lamaserie, de l’autre côté de la planète, un jeune moine marchait rapidement le long d’un couloir à peine éclairé au second étage du temple. Il se dirigea vers l’escalier du bout du corridor et monta avec empressement les marches de bois. Tournant sur sa gauche tout en haut, il arriva à une porte de bois vieilli. Très subtilement, effleurant à peine la surface, il cogna. Il attendit quelques secondes, puis entra. Les chandelles, rendues presque au bout de leur mèche, peinaient à détacher les ombres de la noirceur. Le vieil homme assis, priant, ne montra aucune surprise à la venue du jeune moine.

— Maître Lenky, murmura ce dernier.

Sous le léger acquiescement de tête, il s’approcha et chuchota. Maître Lenky ouvrit à peine les yeux et acquiesça de nouveau. Une fois le message transmis, le jeune moine recula, salua et sortit en refermant doucement la porte, sans bruit ni mouvement brusque afin de ne pas perturber l’atmosphère sacrée de la chambre. Lenky demeura dans son état de calme absolu. On perçut à peine son visage lorsque les flammes des chandelles moururent. Il ne restait que son regard perçant, mais songeur.

***

Sur la ferme, le moniteur de l’EV laissait défiler les données sans pour autant se stabiliser.

— Que donne l’élévation graphique ? demanda Alex.

Nora appuya sur la commande et l’illustration tridimensionnelle apparut. Des ondes antérieurement invisibles vaguaient maintenant sur le petit écran. Cependant, Alex connaissait déjà la réponse. Il fit quelques pas et s’éloigna, scrutant les environs en plissant les yeux. Lucas jeta un coup d’œil au moniteur et les interruptions d’ondes furent perçues. Il regarda Alex.

— Quoi ? demanda Lucas, inquiet et ignorant de la situation. Il y a des interruptions dans le circuit de distribution, c’est ça ?

— Il n’y a aucun problème du côté du stabilisateur, mais du circuit énergétique de l’endroit, répondit Nora.

Alex la regarda et hocha négativement la tête. Quelque chose n’allait pas.

— Parle-moi Alex ! Qu’est-ce qui ne vas pas ? questionna de nouveau Lucas, trouvant la situation exaspérante.

— Pour qu’il y ait interruption de courant, deux raisons sont possibles. Cela serait dû à une énergie vacillante en provenance du COM, ce qui expliquerait l’origine des pannes que le fermier mentionnait. Sauf que si le COM a connu des pannes, cela voudrait dire que le réseau est défaillant. Et nous nous en serions rendu compte. Mais l’autre raison, et la plus plausible dans ce cas-ci quoique la moins souhaitée serait un changement dans la géographie des niveaux vibratoires. Ce qui remet en question la stabilité des réseaux circulant sur la planète, et par conséquent dans l’univers.

Lucas semblait perdu. Nora se tourna vers lui.

— Charles n’a rien dit sur cette mystérieuse panne ?

— Non, rien de spécial, répondit-il, sinon pourquoi nous envoyer ?

— Étrange… dit Alex. Une sorte de déséquilibre s’est immiscé dans le champ actuel, ajouta-t-il après une courte pause.

— Ce qui veut dire ?

— Qu’il faudra stabiliser le champ.

— Mais c’est pour ça que tu es ici ! annonça-t-il.

Puis se reprenant en regardant Nora.

— Que vous êtes ici je veux dire. Nous n’avons pas encore les ressources suffisantes et le personnel qualifié pour répondre à ce genre d’urgence.

— Cela ne changerait rien à la situation. Une force différente a court-circuité le stabilisateur. Il faut faire un nouvel alignement des points du champ avant de le remettre en fonction.

Lucas ne comprit pas l’explication. Comme Alex se rendit vers l’arrière de la grange, il le suivit, accompagnant Nora. Ils aperçurent les vaches, inertes, étendues et disséminées dans le champ. Le spectacle fut étrange, mais surtout effrayant.

— Elles sont en catalepsie, énonça Alex, dû à la surcharge…

Puis il réfléchit tout haut, à l’attention de Lucas.

— Lorsqu’une masse énergétique se manifeste, il y a un déséquilibre temporaire qui se réajuste naturellement au bout de deux à trois microsecondes. L’arrêt et le départ provoquent ce qu’on appelle les vagues vibratoires, évidemment imperceptibles biologiquement parlant. Lorsque la vague se retire, il y a un manque au niveau énergétique, on ne reçoit plus ces impulsions qui nous permettent de vivre. Ces manques sont compensés par une sorte de « batterie de secours » dans tout corps existant, qui stabilise alors les vibrations et permet de sustenter le corps vivant. Cependant, ce qui s’est passé ce matin n’a pu avoir été réajusté à l’ensemble vibratoire, car la vibration présente, la nouvelle énergie, était dissociée du flux environnant. Il n’y a pas eu cet ajustement naturel pour faire coïncider les deux vagues. Le temps d’arrêt a été trop long, la « batterie de secours » s’est vidée. Si nous n’intervenons pas, la mort suivra.

— Comment se fait-il que nous n’ayons pas été touchés ? Et le fermier ?

— Même si la superficie atteinte semble grande, le rayon ou l’angle de tombée a été très étroit.

— Un peu comme l’épicentre. Sauf qu’au lieu d’un tremblement de terre, ce fut…

— Un raz-de-marée énergétique, spécifia Alex. Comme une vague s’échouant tout le long d’une plage, cette nouvelle énergie s’étend et s’échoue sur cette région sans arrêter son mouvement, sa lancée, comme un tsunami le ferait.

Alex se tut. Il était absorbé. Un élément du casse-tête semble absent.

— Alors ? Et maintenant ? demanda Lucas.

— Il faut refaire les points d’ancrage du champ d’énergie, répondit Nora. Il faut les réassigner au stabilisateur.

— Comme si c’était un nouveau champ d’énergie ?

— C’est un nouveau champ présentement ! répondit impatiemment Alex.

— Mais on parle de trouver les nouveaux points, les identifier, y insérer une tige cuivrée afin de faire reconnaître ces données par le stabilisateur. Une « acupuncture de terrain », et sur tout le terrain ?

— Oui tout à fait, répliqua Nora. Cette énergie sera ensuite répertoriée par le DOEM, puis redirigée vers le stabilisateur qui la transformera et la retournera au travers des mêmes « méridiens » pour « nourrir » le corps terrestre sur une superficie délimitée. C’est un travail de longue haleine et on ne peut attendre Luan pour ça. Il en va de la survie du troupeau.

Lucas ne se sentait pas d’humeur juste à l’idée de « travailler ».

— Voilà Lucas, comme on est déjà ici avec notre équipement, on va t’aider et en quelques heures tout sera terminé ! proposa Nora.

Lucas fut totalement surpris d’être impliqué dans un travail physique à exécuter. Alex sursauta.

— Tu n’exagères pas un petit peu ? dit-il.

— On en aura que pour quelques heures à peine avec l’EV et le DOEM pour alimenter de nouveau le circuit, pas plus ! répondit-elle.

— Tu sais qu’on a du boulot qui nous attend ?

— Oui, je sais, dit-elle.

Puis elle ajouta en baissant la voix.

— Dans la situation présente, nous sommes responsables de ce site et puis quelques heures ici vont nous changer les idées. Tu ne crois pas ?

— D’accord, d’accord, maugréa Alex. Connecte le détecteur portable au contrôleur à distance, il fera le point avec l’EV et nous guidera pour réassigner le stabilisateur une fois qu’on aura terminé.

— Tu me donnes quelques minutes ?

— Cinq ! proposa Alex.

— C’est parti ! ajouta-t-elle.

Alex reporta son attention sur le paysage, le ciel, les montagnes. Et si d’autres phénomènes de ce genre étaient survenus ailleurs, le saurait-il ?

***

Alors qu’une aube précoce s’amorçait en Californie du Nord, le stabilisateur agricole était sous les feux de plusieurs projecteurs d’analyse.

— Il n’y a que des pièces de métal, différentes formes et différentes épaisseurs, remarqua l’assistant en conservant son regard sur le moniteur.

Robert Dachford s’approcha.

— Et ?

— Cuivre, argent, or, platine, laiton…

— Et sur les formes et les angles, il y a surement un dénominateur commun qui fait fonctionner cet appareil aussi puissamment.

— Différentes formes et différents angles effectivement. Toute la base de données est complète.

— Aussi rapidement que ça ?

— Je me suis branché sur leur réseau, toute l’information est disponible pour tous les laboratoires sur la planète. Il suffit d’entrer le code de série et pouf ! L’information se télécharge rapidement. Ce modèle date de l’an passé. Ils ont à peine changé quelques modules, tout en conservant des résultats identiques aux modèles précédents.

Le responsable de projet avança vers le stabilisateur.

— On peut changer la forme et la rendre plus esthétique, plus intéressante pour le marketing ?

— Vaut mieux pas, tout est calculé au centième de millimètre près. Changer un angle ou un composé risque de tout faire basculer. La mise en garde est très claire à ce sujet. Des gens en sont morts.

— Hum… Daniel ne sera pas content. On peut le faire fonctionner ?

— Avez-vous un déclencheur ?

— Un déclencheur ?

— Bien oui, pour l’actionner, ça prend un déclencheur ! Et aussi un lit !

— Un lit ?

Des pas se firent entendre derrière les chercheurs. Robert Dachford se retourna vivement, surpris d’une présence en une matinée à peine entamée.

— Monsieur Martin ! Je ne m’attendais pas à vous voir ici, si tôt !

— Continuez votre boulot, monsieur Dachford.

— Euh oui, d’accord.

Dachford se tourna vers le responsable de projet. Celui-ci poursuivit l’explication.

— On appelle un lit l’endroit de réception. C’est un peu comme se mettre les deux doigts dans la prise de courant, on attrape un choc. De l’autre côté, si on branche une ampoule, celle-ci va recevoir le courant électrique, devenir le lit, l’endroit où l’électricité va agir.

— Et un déclencheur ?

— Pour l’actionner, le mettre en marche. Regardez ici le schéma d’analyse.

L’assistant actionna une commande et aussitôt une image tridimensionnelle démontra l’activité du stabilisateur agricole. Martin s’approcha. Une multitude de formes d’ondes émergèrent du stabilisateur, se répandant comme une fontaine arrosant en cercle tout l’environnement. Dachford en resta bouche bée.

— Comment ont-ils fait pour produire un appareil aussi extraordinaire ? balbutia-t-il. On dirait le ciel bénissant la terre…

***

Détecteur en main, Nora cherchait les points d’ancrage dans le champ de la ferme. Sur le moniteur, deux ondulations juxtaposées l’une au-dessus de l’autre dessinèrent des vagues prononcées du haut vers le bas. La première indiquait le nouveau champ ondulatoire, la deuxième signalait le balayage du stabilisateur. À la croisée des lignes, un point se forma.

— Voilà, ici ! indiqua-t-elle.

Lucas prit une tige de cuivre et à l’aide d’un maillet, la fit pénétrer dans le sol à l’endroit indiqué. Sur le détecteur, le point devint lumineux. Quelques pas plus loin, un autre point fut détecté. Alex inséra à son tour une tige.

Lucas demeura tout de même sceptique face à cette procédure utilisant ces nouveaux appareils de détection.

— C’est une de nos dernières trouvailles, répondit Nora lorsqu’elle vit l’expression de Lucas. Le détecteur analyse la position du nouveau point et l’envoie au DOEM qui en établit ainsi un schéma. Lorsque tous les points sont trouvés, le DOEM rééquilibre le champ de force via le stabilisateur.

— Mais on doit analyser la valeur du champ électromagnétique pour en établir les résistances et la longueur d’onde, non ?

— ¡ Claro que sí ! On doit toujours le faire, mais en passant par le DOEM, on s’assure que les ondulations sont régulières. Il reçoit, analyse et établit un nouveau schème quantique du champ de façon à ce que l’équilibre soit maintenu entre chaque point par le stabilisateur.

— Les composantes se plient au champ de force, ajouta Alex, comme une sorte de moulage des molécules sur la forme de la longueur d’onde désirée, et cela en quelques secondes pourvu que la puissance soit là. Ce que le DOEM nous donne d’ailleurs.

— Brillant je dois dire, avoua Lucas. Et qu’est-ce qui alimente le DOEM pour obtenir cette puissance ?

— La puissance ne vient pas des piles ou des détonateurs, continua Nora, mais plutôt de l’assemblage. Trois années de recherche seulement sur ce module. Nous avons créé des amplificateurs superposés en multicouches à angles fermés. La puissance vient donc d’une amplification mutuelle. Une des problématiques majeures fut de conserver la longueur d’onde à l’intérieur de l’appareil afin qu’elle puisse accumuler de la densité sans laisser échapper d’ondes néfastes.

— Comme un accélérateur de particules ?

— Ce principe s’en approche. Nous avons compensé la distance que l’électron doit parcourir par son angle de trajectoire. Je dirais qu’il s’agit davantage de rebondissements de l’électron sans passer par le même chemin deux fois. Chaque passage devient exponentiel. Une fois la densité atteinte, la longueur d’onde se plie à l’énoncé schématique. Un échantillon suffit alors pour en modifier sa structure atomique.

— Oh ! Le lait de vierge des alchimistes, la puissance de Jéhovah, l’outil de destruction des anges de Sodome et Gomorrhe ! énonça Lucas d’un ton apocalyptique.

Nora figea, releva la tête en sa direction, cherchant à comprendre l’allusion.

— Si je comprends bien, cet appareil peut influencer toute vibration en modifiant directement son schéma atomique sur la base d’un simple échantillon. Donc à partir d’un simple cheveu, faire disparaître une vie, ou tout son environnement immédiat comme une ville ou un pays entier en quelques secondes ! Un pouvoir incommensurable, ne trouves-tu pas ?

***

Daniel Burri n’avait pas lésiné à piger directement dans les fonds de l’entreprise pour se mettre à l’aise. Son bureau de Biosync donnait directement sur une terrasse où il aimait à prendre le petit déjeuner. Il répugnait à être dérangé, encore moins par de basses besognes ouvrières. Pourtant, sans être invité, Phil Martin prit place.

— Que me vaut l’honneur de ta présence en une heure aussi tôt ? demanda Daniel Burri sans lever le regard de son journal.

— Nous avons un problème, répondit Martin tout en se servant un café.

— J’imagine qu’après la courte nuit que nous venons de passer, si tu viens me déranger c’est que le problème est d’un sérieux tel que tu ne puisses le résoudre seul !

— Effectivement, et en fait, je ne pense pas que tu puisses également y trouver de solution, du moins pas seul, répliqua-t-il tout en prenant une gorgée.

Daniel Burri souleva le regard, quittant les titres ennuyants du quotidien, s’adossa confortablement.

— Que se passe-t-il ? demanda-t-il d’un ton pénible.

— En premier, le COM est au courant.

Il but une autre gorgée de café avant de poursuivre.

— Ensuite, nous ne sommes pas en mesure d’entrer en production de stabilisateurs en un si court délai. Nous avons toute l’information technique, les données des matériaux, les angles et les méthodes de production, mais il nous manque la matrice permettant la reproduction des codes afin de nous brancher directement sur les bandes passantes ondulatoires du COM, et faire fonctionner le stabilisateur.

Il laissa le directeur poireauter quelques secondes, prit un croissant dans la corbeille, et but une autre gorgée de café.

— Finalement, poursuivit-il, notre équipe est davantage en admiration devant le travail soigné que les créateurs ont su apporter à la réalisation du stabilisateur pour être vraiment efficace. Je dois avouer que sur ce point, il est difficile de réagir différemment une fois que tu as vu la forme ondulatoire que le stabilisateur dégage. On ne parle pas de déplacer un atome ou modifier un gène, mais d’une puissance qui dépasse l’imagination.

Daniel Burri se cala dans son siège. Il n’avait pas quitté des yeux le vice-président.

— Tu peux m’assurer que le COM est au courant ?

— De source sûre, en provenance du COM.

— Je peux m’organiser avec le détail du second point.

— Détail ? Ce n’est pas une mince affaire que de trafiquer un code matriciel !

— Qui parle de trafiquer ?

— Oh ! Tu peux obtenir des codes de première génération ?

Daniel Burri balaya évasivement d’un geste la réponse.

— S’il faut tomber en pâmoison à chaque fois que l’on voit des formes ondulatoires danser devant soi, on n’est pas prêt de remettre sur pied l’entreprise.

— Mais…

— Il n’y a pas de « mais » ! Depuis combien de temps se connaît-on ?

Daniel se leva brusquement.

— Je me souviens de notre première graine modifiée génétiquement et toi, tu dansais comme un clown. Tu ne voyais que les millions de dollars tomber du ciel sans douter un seul instant que cela ne pouvait être que temporaire.

— Toi aussi tu y croyais !

— Oui, j’y croyais, mais les temps ont changé, malheureusement ! Alors on est là pour se retrousser les manches et travailler pour redevenir la puissance que nous étions ! Donc on va produire ces stabilisateurs à n’importe quel prix !

Il s’assit, puis se calma.

— Maintenant, dit-il d’un ton neutre, mais en appuyant sur chaque mot, on va sagement se remettre au boulot et entrer en production au plus vite.

Martin ouvrit la bouche pour parler, mais Daniel leva le doigt.

— Si je dis que je m’organise avec le détail du second point, c’est que d’ici demain matin, tu vas avoir ces codes. Donc, nous serons en mesure de produire ces appareils. Compris ?

Le vice-président de l’entreprise acquiesça, se leva et quitta la terrasse. Daniel prit son combiné téléphonique, appuya sur une touche puis attendit quelques courtes secondes.

***

À des milliers de kilomètres de là, tout en haut du mont Chōkai à Nikaho, au Japon, Wakitsa fixait une immense carte géographique couvrant le mur lui faisant face. Sa situation, en tant qu’entrepreneur et exploitant d’un des plus grands centres générateur d’ondes de forme de la partie eurasienne de la planète, lui procurait plusieurs avantages. Cela lui avait également apporté des liens et ententes avec plusieurs gouvernements, en échange, bien sûr, de certains autres services. Lorsque son combiné retentit, il en sut immédiatement la provenance. Toutes les données relatives à l’auteur de l’appel s’affichèrent.

— Daniel Burri, annonça-t-il.

La communication s’établit à l’instant, affichant également une image de forme ondulatoire de son interlocuteur sur le mur.

— Bonjour, cher Monsieur Wakitsa, désolé de vous appeler si tardivement.

— Que puis-je pour vous Daniel ? répondit le japonais.

— Voilà, j’ai un léger problème…

— Pas étonnant vu votre opiniâtreté à vous enliser dans vos recherches en génétique.

— Oui je sais, vous me l’avez dit à plusieurs reprises. Mais voilà, nous avons décidé de changer une partie de la direction de notre entreprise et d’opter pour la production de stabilisateurs selon votre conseil.

— Ah voilà qui est signe de bon augure. Vous avez finalement obtenu l’accord du COM si je comprends bien ?

— Pas tout à fait, nos négociations n’ont pas abouti comme nous le pensions.

— Alors comment ferez-vous pour les produire ? Sans code, vous ne pouvez que fabriquer des modules bons pour la ferraille !

Wakitsa partit à rire. Daniel Burri se renfrogna. Il n’était pas d’humeur à plaisanter.

— Justement, le but de mon appel est…

— Oh je vois ! Vous vous êtes « procuré » un stabilisateur et vous voulez des codes, mes codes, pour la production en série !

— Je me rappelle très bien votre proposition faite l’an dernier…

— Oui oui, je m’en souviens également. Qu’aurai-je en échange de ces codes ? Sommes-nous toujours d’accord sur les détails de notre entente ?

Daniel ne put se résoudre à accepter une telle alliance, mais il n’avait plus le choix. Il devait sauver l’entreprise sinon il périrait, financièrement et physiquement parlant. Les menaces de l’ENWEB ne se devaient pas d’être prises à la légère. Déjà, en signe d’avertissement, ses deux plus grands chercheurs avaient péri dramatiquement dans le laboratoire. Il se retrouvait maintenant acculé au pied du mur.

— Oui, je suis d’accord, finit-il par dire.

— Très bien, je vous envoie ces codes d’ici quelques heures.

Wakitsa mit fin à la liaison. Daniel sut très bien qu’il était inutile de signer quelques ententes que ce soit. La conversation avait été enregistrée autant sous formes sonores, visuelles qu’ondulatoires. Ces dernières permettraient alors au japonais de le retrouver, et ce peu importe où il se cacherait sur la planète. Le reste n’était question que d’imagination.

Comment s’est-il procuré un stabilisateur ? se demanda Wakitsa. D’où vient-il ? Et qui est mort pour ça ? Il n’eut pas à réfléchir longtemps, et un léger rictus se dessina sur le visage.

***

À suivre.

Maran’atha.

*Jñani : un être réalisé et non ignorant sur son chemin.

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