Publication chapitre 3

Yai Malena Jñani*

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Sans plus tarder, voici le troisième chapitre, dans le livre 2. Les personnages se dessinent. Les situations s’établissent.

Chapitre 3

Aux abords de Puys-des-Abysses, petite ville située dans le sud de la France, une automobile roulait en direction de la campagne, vers un calme inhabituel des champs agricoles. À bord du véhicule, Alex laissait vaguer son regard au loin. Pour une fois qu’il n’était pas au volant, il put ne pas porter attention au parcours emprunté et abandonnait toute pensée au hasard. La route s’ouvrit sur un petit pont, enjambant le murmure d’un ruisseau, seul son perceptible depuis son départ une heure plus tôt. La vie semblait malgré tout continuer. Sur le chemin assombri par le feuillage des grands arbres, la voiture bifurqua à gauche. Quelques cahots se firent sentir sur le pavé fissuré et des cailloux, dans leur élan, poursuivirent le véhicule sur quelques mètres avant de le laisser filer. Alex sortit de sa rêverie. Instinctivement, il regarda dans le miroir. Les ondes de force… même de simples cailloux n’y échappent pas. Tout n’est que vibration. Sa pensée ne put s’échapper davantage, quelques bips retentirent d’un iMats posé sur le tableau de bord. Il y jeta un coup d’œil. L’appareil afficha les ondulations. L’homme décela en un instant la provenance de l’appel. À ses côtés et derrière le volant, ayant aussi compris d’où venait l’appel, Nora le prit sans toutefois quitter la route du regard.

— ¡ Holá ! Charles !… Claro… Encore quelques minutes… Prochaine croisée des chemins, on tourne à droite, dit-elle avec son léger accent sud-américain.

Tout est lié si subtilement qu’on se met soudainement à croire à la chance et au destin lorsqu’on arrive à une croisée de chemins, pensa aussitôt Alex. Nora tourna son regard vers lui et poursuivit la conversation sans pour autant avoir renoncé à quelques expressions latines.

— No, Luan n’a pas pu venir… Claro que si, on sera prudent comme toujours… Claro que no… Alex est avec moi…

Alex lui jeta un coup d’œil. Nora enchaîna.

— ¡ Si ! Il va bien… Je sais… ¡ Hasta la vista !

Nora referma le combiné. Du regard vers Alex, elle sourit, puis ses pensées s’envolèrent en une fraction de seconde vers Luan, son amoureux, son compagnon de vie, son mari, parti avec le fils adoptif d’Alex, Manuel. Ce dernier voulait à tout prix gagner son pays d’origine, en Amérique du Sud, afin de retrouver les traces de ses parents biologiques. Ils devraient bientôt revenir de leur voyage. Nora plissa les yeux, le temps de se remémorer cet homme qui avait fait une différence dans sa vie… Grand, yeux sombres entourés d’une paire de verres correcteurs, flanqué d’un corps quasi athlétique, mais avec la tête typique de l’intello-scientifique. Ce qui ne l’empêchait pas de gagner facilement l’amitié par son humilité et sa chaleur latine.

Perdue dans ses pensées, Nora ne remarqua pas qu’Alex l’observait. Belle femme sans prétention, d’une intelligence remarquable et passionnée, elle obtenait aisément la confiance par son approche franche et respectueuse, sans oublier son sourire si charmeur. Ses yeux vifs d’un noir intense semblaient tout capter sur leur passage. Sa peau légèrement cuivrée et ses cheveux lisses de couleurs nocturnes trahissaient ses origines latines. Luan était en effet chanceux de l’avoir comme femme. Surprise du regard d’Alex, Nora écarta une mèche de cheveux rebelle tombée dans son angle de vision.

— Charles te transmet ses salutations !

Alex acquiesça d’un hochement de tête.

— Ça va aller ? demanda-t-elle.

— Oui, ça va aller… Rien de spécial ?

— Bof ! Il ne peut contacter Lucas… Problème de transmission surement !

— Faudrait suggérer de changer leur système… mentionna Alex.

— ¡ Claro ! Mais ça va encore prendre des années avant qu’ils ne l’appliquent…

Nora le regarda, puis revint à la route.

— Sérieusement Alex… Ils engagent les meilleurs ingénieurs au monde, et pourtant…

— Tu sais bien que ce n’est pas si facile que ça…

— C’est vrai, j’oubliais ! Ça ne fait pas partie des plans du monopole ! ajouta-t-elle d’un ton sarcastique.

Alex sourit. Elle avait raison. Après avoir passé des années de travail intense sur la découverte des forces microvibratoires, il avait fallu établir de nouvelles normes en matière de sources énergétiques renouvelables non polluantes. Mais à cause des monopoles existants, ils en étaient encore à se battre pour soi-disant prouver leur efficacité ou du moins leur existence. Par chance, sans être bien connues, plusieurs petites villes servaient de champ d’expérimentation et de nombreuses entités publiques et privées en étaient alimentées. Ce qui compliquait la reconnaissance officielle était la stabilité et la fiabilité de cette source. Et les nombreuses pannes n’aidaient pas la cause. Nora poursuivit sa pensée.

— Jusqu’à maintenant, ils ont de la difficulté à suivre le rythme. Ce n’est pourtant pas si sorcier que ça de comprendre ce que nous faisons ! Le COM a du travail à faire pour nous rattraper.

— Tu as raison, Nora… Rien de bien sorcier à cela…

Alors qu’elle lui adressa un coup d’œil compréhensif, Alex s’évada de nouveau vers le paysage campagnard.

***

À plusieurs kilomètres de là, au centre d’observation mondial, plus communément appelé le COM, Charles hésita à reposer le combiné téléphonique… Alex est là… pensa-t-il. Siégeant dans la salle de conférences, seul, il faisait face à la grande baie vitrée donnant sur Puys-des-Abysses, cité expérimentale plus populairement appelée citée verte. Charles se remémora la courte histoire de cette petite ville, qui de simple concept, est devenue réalité et cela de la part de citoyens voulant vivre dans une ville sans pollution et dépendant uniquement d’énergie verte. Quelque cinquante années plus tôt, ce fut autant l’énergie solaire qu’éolienne qui furent utilisées et exploitées. Rapidement, la ville s’est agrandie avec de plus en plus de gens consciencieux de leur environnement, surtout avec la fragile couche d’ozone qui menaçait à tout instant de disparaître définitivement d’ici les quelques années à venir, se rappelant la date fatidique de 2050 comme point d’entrée dans une ère qui pourrait être des plus sombres de l’histoire de l’humanité. L’utilisation des ressources naturelles n’eut jamais cessé d’être utilisée et la course à une énergie verte paraissait interminable. La production énergétique ne suffisait plus à la demande mondiale. Depuis une trentaine d’années, et pour combler cette lacune, des appareils de production énergétique indépendants avaient vu le jour ici et là suite à la publication des travaux de recherche universitaire portant sur l’onde de forme. Cependant, plusieurs accidents survinrent par la suite et il fallut réglementer ce nouveau domaine pouvant être plus dangereux que les radiations nucléaires. Une vingtaine d’années se sont écoulées depuis et, malgré plusieurs pannes, ce concept a fait boule de neige. D’autres villes se sont greffées à celle-ci, puis la volonté d’être autonome s’est fait sentir. De là naquirent différentes villes expérimentales parsemées à travers le globe, au grand dam des puissances mondiales dont la mainmise leur échappa.

Malgré tout, en cette matinée à peine entamée, les citoyens vaquaient à leurs occupations et préoccupations quotidiennes. Du haut de son édifice et le regard pensif, Charles ne voulut se résoudre au pire. Il fit pivoter sa chaise face au mur opposé. Un écran, couvrant une bonne partie du mur, affichait les données des forces énergétiques de la région à partir de leur satellite. Parmi les couleurs saturées de rouges et de verts, entremêlées de jaunes et d’orangés représentant les différents niveaux de chaleur de la végétation et de l’environnement terrestre se trouvait une immense tache blanche couvrant maintenant plus de quinze kilomètres carrés. Et elle ne cessait de s’agrandir. Par définition, cette blancheur totale, effrayante par son ampleur était comme un trou engouffrant toute énergie et dégageant une chaleur insupportable. Toute trace de vie semblait avoir disparu de cet endroit. Charles demeura encore inquiet. Les quelques rides à peine perceptibles malgré son âge semblèrent s’incruster sur son visage. Sur l’écran, un petit point bleu se dirigeait inexorablement vers la tache blanche. Charles se leva et approcha du moniteur. En appuyant sur différents points sur l’écran tactile, il fit apparaître un quadrillage, puis en désignant une des sections, des données analytiques se mirent à défiler sur la partie gauche du moniteur. Chaque section affichait la température au centième de degré Kelvin, la force vibratoire selon l’échelle Vileo, établie par Luan Vinheiro et Nora Leoita qui ont donné leur nom à cette nouvelle échelle, et la position sur le globe terrestre selon la nouvelle répartition créée par Alex. Les régions affichaient une température oscillant entre les 293 et 298 Kelvin, environ de 20 à 25 degrés Celsius, et celle entourant la tache blanche augmentait selon la proximité pour finalement atteindre plus de 333 degrés en son « épicentre », plus de 60 degrés Celsius. Les données des forces vibratoires étaient également instables, variant de 3,75 à 5,98 pour tomber à 0 dans la partie fatidique. Aucune information vibratoire ne fut décelée dans cette superficie, ce qui pouvait signifier que la vie était au point mort, rien ne bougeait ou ne se mouvait. Ce ne sont que des chiffres, pensa Charles. Tout en ne sachant comment remédier au problème, il sut très bien que si la valeur six était le début de problèmes sérieux, sinon graves, celle de zéro n’était guère mieux envisageable. Il reporta son regard vers le point bleu qui continua sa course pour finalement disparaître dans l’immensité blanche.

***

— Voilà, nous sommes entrés dans la zone, annonça Nora en regardant le détecteur situé sur le tableau de bord.

Alex acquiesça sans rien ajouter. Deux kilomètres plus loin, une affiche annonçait la destination, « Ferme expérimentale. Projet financé par le centre d’observation mondial. Site privé. » Nora quitta la route et s’engagea dans l’entrée principale de la ferme. Quelques voitures éparpillées de part et d’autre du chemin, semblant abandonnées, capots ouverts, annonçaient la présence de plusieurs personnes sur le site. Sans réduire sa vitesse, Nora les évita sans peine.

— On dirait qu’ils ont eu des problèmes mécaniques, souligna-t-elle.

Alex sourit au sarcasme peu habituel de Nora. Celle-ci gara la voiture dans le stationnement quasi désert de la ferme. Peu de voitures avaient pu se rendre jusqu’à la ferme, probablement celles des premiers arrivés sur le site. Le scientifique soupira en apercevant au loin deux hommes se retourner à leur arrivée, ce qui fit comprendre à la jeune femme la portée de la situation.

— Hé si ! Il va falloir sortir maintenant Alex, et affronter le monde ! dit-elle avec un brin de plaisanterie.

L’un des deux hommes empiéta le pas sur son compagnon, et se dirigea vers le véhicule nouvellement arrivé. Nora reporta son regard vers Alex, empreint d’admiration. Elle le regarda sortir de la voiture, regard au loin et tournant le dos aux deux hommes. Alex, le grand Alex quitte son refuge pour la première fois depuis tant d’années, après des recherches intensives, après avoir vécu et donné son âme pour l’avancement de l’espèce humaine et traversé les dures épreuves de la vie, il est encore présent pour aider la cause… Il était de cette qualité de gens qu’on ne croise qu’une fois, mais qu’on semble connaître depuis longtemps. Il avait cette perspicacité de contourner un problème tout en atteignant le but fixé sans perte de temps. De même stature que Luan, il avait cependant le type caucasien parfait avec ses cheveux châtain clair, ses yeux d’un bleu grisâtre et sa peau pâle. Ce que Nora admirait en cet homme était son savoir. Partager son quotidien était un privilège unique et une expérience incomparable dans le domaine scientifique. Mais pour en arriver à cela, il fallait être prêt à en payer le prix, c’est-à-dire avoir cette vivacité d’esprit et cette prudence intuitive constantes.

Nora le rejoignit à l’extérieur, les sens en alerte. L’air sentait bon, était frais et doux. La température ambiante était on ne peut plus normale. Rien d’alarmant de prime abord. Elle ouvrit le coffre arrière de la voiture et en sortit trois caisses. Alex examina les lieux, ferma les yeux et huma l’air. Du coin de l’œil, Nora aperçut les deux hommes franchir la dernière distance les séparant d’eux. Le premier affichait une fine et subtile épinglette du COM sur le rebord du veston. D’allure décidée et prompte, cet homme de longue expérience dans les services du COM, et maintenant assistant de Charles, avait eu un long apprentissage sous la tutelle d’Alex. Malgré ce long et ardu enseignement dans les hautes sphères de la physique microvibratoire, il ne pouvait percevoir toute la portée de la puissance en devenir de cette science mise à jour par le scientifique. En revanche, la rigueur de son travail, sa discipline personnelle et le sérieux qu’il portait à ses tâches lui permirent d’accéder au haut poste de superviseur pour le COM.

— Bonjour Nora ! lui lança l’homme.

— ¡ Holà Lucas ! ¿ Como estás ?

Lucas vint pour répondre, mais resta bouche bée lorsqu’il reconnut Alex. Il porta de nouveau son regard vers Nora, dissimulant à peine sa surprise. D’un mouvement de tête interrogateur, en désignant Alex, sa pensée se lut sur ses traits. Quoi ? Alex est ici ? Nora n’acquiesça qu’avec le sourire. Lucas reprit contrôle sur lui-même et introduisit son compagnon.

— Voici l’inspecteur Chavez. Monsieur Chavez, voici Nora Enguel Leoita.

— Enchantée Monsieur Chavez, dit Nora en lui serrant la main et ce malgré le fait qu’elle aurait pu lui répondre en espagnol.

Chavez la regarda tout en lui serrant la main. La beauté intelligente de Nora lui coupa momentanément la voix. De son côté, la femme avait déjà parcouru l’homme du regard. D’origine latine, de croyance catholique ou du moins chrétienne, car à son cou pendait un crucifix au bout d’une chaînette dorée, son regard se voulait franc, mais de brève durée. Elle détecta un tressaillement dans sa pupille, démontrant une certaine nervosité. Sa poignée de main entrait bien dans la sienne, ni moite ni contraignante, mais de courte durée, signe de fierté, mais laissant percevoir que des doutes semblaient le tenailler. Son regard porta rapidement sur l’ensemble de la personne en face de lui, fuyant du même coup le regard de l’autre, ce qui souleva quelques questions dans l’esprit de Nora. Pourquoi était-il ici malgré son statut d’inspecteur ? La curiosité de Nora augmenta. Elle coupa court à cet examen et écarta son regard vers Alex.

— Laissez-moi vous présenter Alex Fonwell. Alex, voici Monsieur Chavez, inspecteur, et bien sûr Lucas que tu connais bien.

Alex se tourna vers les deux hommes, acquiesça la tête vers Lucas tout en lui serrant la main. Il savait très bien à quel genre d’homme il avait affaire. Puis il empoigna celle du nouveau venu. Chavez s’avéra immédiatement étranger aux yeux du scientifique. Sondant rapidement l’homme, Alex ne savait trop s’il pouvait lui faire confiance ou non. Un temps mort s’installa et une certaine distance psychologique fut maintenue entre les trois hommes. Lucas regarda Alex puis brisa le lourd silence.

— Alors Alex… Qu’en penses-tu ? Tu sens quelque chose ?

Alex soutint son regard une fraction de seconde. Nora lui jeta un coup d’œil hésitant, mais sans intervenir. Après l’accident de Lydie, Alex s’était isolé pendant des années dans la recherche. Il n’y eut qu’elle, Luan et Manuel qui l’avaient côtoyé depuis tout ce temps. Elle savait aussi que Lucas, paraissant direct et bourru au départ, ne faisait que dissimuler sa gêne envers Alex, essayant d’être à la hauteur de la situation. Vraisemblablement, il ne s’attendait pas à le voir aujourd’hui, ni un autre jour d’ailleurs.

— Ça sent la campagne… répondit simplement Alex. Ça sent ce petit air particulier qui fait qu’on se demande encore pourquoi on construit des villes !

Nora sourit. Ça y est, Alex semble reprendre du poil de la bête. Il revient à cette vie, à cette présence d’esprit qui l’a toujours habité. Lucas le regarda, désemparé.

— Pardon ? Mais… tu… Depuis le temps que… tu sais bien que…

— Et moi qui pensais que c’était une visite de courtoisie, enchaîna aussitôt Nora, détournant l’attention.

Lucas fit un pas en sa direction, gardant le contrôle sur lui-même.

— Il me fait toujours plaisir de te voir Nora, mais j’aurais mieux aimé que ce soit dans des circonstances différentes.

— Viendra surement ce temps Lucas, répondit-elle tout en vérifiant le contenu des différentes caisses.

Lucas jeta un long coup d’œil aux appareils d’ondes de forme, puis ramena son regard interrogateur vers la jeune femme. Pourquoi Alex se trouve ici et non Luan ? Qu’est-ce qu’ils prévoient faire pour rétablir le champ énergétique de la ferme ? Nora sentait ces questions se dresser une à une sur le visage de son interlocuteur, mais également, et particulièrement, apparut un discret et jaloux désir d’en savoir davantage sur ces appareils, les manipuler, les posséder malgré le danger qu’ils représentaient.

— Où nous trouvons-nous ? demanda Alex.

— Sur une ferme expérimentale du COM, répondit Lucas, surpris dans ses pensées existentielles.

Le superviseur délaissa alors Nora et son chargement, tentant de comprendre la présence d’Alex sur le terrain. Il était curieux que celui-ci ne soit pas au courant de la situation, qu’il ne sache rien de l’affaire présente. Impossible ! Pourtant Lucas ne vit aucune connivence entre Nora et Alex… Elle ne l’a pas mis au courant ! Alex est venu ici simplement pour donner un coup de main à Nora, selon la première règle de base qui est de ne jamais être seul pour expérimenter, vérifier et corriger un champ énergétique. Lucas entreprit de faire le point avant d’amorcer l’historique des faits. Alex ne permettait aucune erreur de données.

— Il y a diverses cultures en expérimentation dans la région, annonça alors Lucas, basées sur les recherches de Luan. Ici se trouve principalement la ferme laitière, isolée de tout comme l’est la région, aucun pylône électrique, aucune centrale nucléaire, aucun champ électromagnétique détecté… Rien qui peut détraquer quoi que ce soit.

— Il y a des choses détraquées ? relança Alex, intrigué.

Chavez, resté légèrement à l’écart, s’impatienta devant l’inaction et surtout l’ignorance des nouveaux venus supposément spécialistes hors pair. Il avait passé la nuit à lire et relire toutes les informations fournies par la directrice du centre du Costa-Rica. Tous les noms, toutes les biographies et tous les sujets concernant les recherches en ondes électromagnétiques lui avaient été refilés puis passés au peigne fin. L’homme ayant une mémoire photographique exceptionnelle, avait approfondi davantage ses recherches lors des dernières heures, le renseignant davantage sur le COM et son historique. Comme le centre du Costa-Rica avait subi une attaque meurtrière en plus du vol d’appareils de haute importance, le PICS, protocole international des centres de recherche scientifique, avait dépêché son meilleur inspecteur en la matière pour faire enquête. Souvent les vols des centres de recherches avaient pour but de produire de nouvelles armes destructrices servant à des buts de suprématie mondiale. Dans ces cas, un enquêteur avait juridiction mondiale pour mener son enquête. Aussitôt descendu de l’avion, il fut conduit au COM, puis Lucas l’emmena sur la ferme afin de répondre à l’appel concernant une panne anormale. Le superviseur lui avait alors transmis les dernières connaissances concernant les recherches actuelles et la portée stratégique du COM sur le plan mondial.

— Tout s’est arrêté il y a un peu plus de cinq heures, ajouta Antonio Carlos Chavez, ayant pris la responsabilité de faire le point. Plus rien ne fonctionne. Radios, télés et moteurs sont inactifs. Pas d’électricité, pas de téléphone, pas d’automobile ni de tracteur… Tout ce qui fonctionnait sous impulsion mécanique, électrique ou électronique s’est arrêté… Et tout ce qui entre dans cette région arrête de fonctionner. Pourtant, ce qui semble étrange, votre voiture s’est bien rendue jusqu’ici. Curieux n’est-ce pas ?

Lucas ferma les yeux. Il s’attendait maintenant au pire malgré ses avertissements de ne s’en tenir qu’aux formalités avec les scientifiques. Et voilà que pour couronner le tout, Alex se trouvait sur le terrain. Le bal semblait parti lorsque, contre toute attente, ce dernier répliqua.

— Mon portable fonctionne également très bien ! Vous devez prévenir quelqu’un que vous ne rentrerez pas pour le petit déjeuner ?

Nora pouffa de rire. Lucas referma les yeux, priant pour que la situation ne s’aggrave davantage. Alex ne pouvait tolérer la méfiance policière. Chavez, de son côté, plissa à peine les yeux, suffisamment pour signifier que le sarcasme n’était pas le bienvenu, surtout que l’homme n’avait que quelques petites heures de sommeil dans le corps. Alex décida cependant de ne pas gâcher la journée par l’attitude incompréhensible d’un représentant du service de l’ordre. L’ignorant, il se tourna vers Lucas et enchaîna aussitôt.

— Et ça ne touche que la ferme ou si d’autres régions sont également touchées ?

Chavez vint pour répondre, mais Lucas intervint en posant la main sur son bras.

— En ce moment, on n’en sait trop rien, mais je crois que ça ne concerne que la ferme. Il y a quelques heures, Charles m’a dit que la région atteinte couvrait un peu moins de dix kilomètres carrés. Aussitôt entrés dans la région, la communication s’est rapidement affaiblie pour finalement couper, et les automobiles ont cessé de fonctionner en pénétrant dans cette zone. Je crois que l’épicentre du phénomène se trouve sur la terre, mais je ne sais où, répondit-il tout en haussant les épaules.

Alex regarda Chavez et devina assez rapidement que celui-ci en savait encore moins. Le phénomène dépassait de loin les compétences de l’inspecteur.

— Qui est au courant ? demanda-t-il, une fois son regard revenu vers Lucas.

— Pas grand monde. Le fermier fut évidemment le premier, qui m’a appelé par la suite avant que la communication soit coupée. Charles bien sûr est au courant… Il attend mon rapport tandis qu’au centre on continue les recherches sur la cause. Monsieur Chavez, qui est arrivé ce matin du Costa-Rica, est venu avec moi. Une autre petite équipe de contrôle, arrivée en dernier et inspectant les niveaux de radiation, a parcouru la majeure partie de l’entrée de la ferme à pied. On a l’impression que la région qui était bien délimitée au départ semble s’agrandir, couvrant graduellement un plus large périmètre.

— Ah ! En parlant de Charles, mentionna Nora tout en refermant la troisième caisse, il a appelé plus tôt. Il s’inquiétait, mais je lui ai dit que nous étions en route, il va surement rappeler plus tard !

Lucas acquiesça, mais Alex poursuivit sur une autre note.

— Vous ne trouverez aucune radiation quantifiable ici… Et je voudrais que tout le monde parte, ils n’ont plus rien à faire ici.

Chavez leva les sourcils. Comment, sans avoir mesuré quoi que ce soit, peut-il quantifier les niveaux de radiations présentes et de plus affirmer qu’aucune ne s’y trouve ? Pour qui se prend-il aussi pour donner des ordres au représentant officiel du COM ? Et… mais il fut interrompu dans sa pensée par un Lucas légèrement embarrassé.

— Euh Alex… Personne ne peut quitter les lieux présentement… Aucun véhicule ne fonctionne et le COM est à plus de 35 kilomètres !

Alex laissa échapper un soupir tout en hochant la tête, cherchant une solution rapide pour se débarrasser de tous ces gens. Nora semblait s’amuser de la situation et haussa les épaules tout en hochant la tête à son tour. « Pas question de leur laisser notre véhicule pour les laisser s’en retourner ».

— Le fermier est disponible, si vous voulez lui parler ? annonça Lucas, essayant de faire avancer les procédures.

Ils emboîtèrent donc le pas, laissant l’inspecteur derrière eux. Alex sentit peser le regard de Chavez sur lui. Lucas sentit lui aussi la tension entre les deux hommes et se demandait comment éviter un conflit. Nora pourtant, ne sachant trop pourquoi, aimait bien cet inspecteur. Elle laissa échapper un petit rire à cette idée.

À l’intérieur de la maison, quelques agents vérifièrent les radiations tandis que le fermier relatait les événements de la veille lorsque le trio fit son entrée. Lucas, d’un signe de tête, ordonna à tous de sortir. Nora, du regard, l’invita à sortir également. Résigné, Lucas imita les agents et referma la porte derrière lui. Alex offrit une chaise à sa compagne. Le fermier s’était déjà levé à l’arrivée des nouveaux visiteurs.

— Bonjour monsieur, je suis Nora Enguel Leoita, et voici monsieur Allexan Fonwell.

— Bonjour, Madame, Monsieur, je m’appelle Georges DeLamont.

Après les présentations, Nora invita le fermier à se rassoir et prit place devant lui. Alex préféra rester debout, arpentant la pièce. Il n’avait pas l’habitude de faire acte de présence sur les sites de recherche et développement. Luan et Nora avaient développé leur expertise dans divers domaines, dont entre autres, les champs vibratoires agricoles. Ils ne le consultaient que de temps en temps, sans plus. Jamais Alex n’intervenait sur les sites. De plus, même si ce site faisait partie de leurs lieux de recherche, rarement le couple était présent et encore plus rarement il avait contact avec les résidents et travailleurs. Elle jaugea le fermier d’un regard rapide. La cinquantaine assurée, sûr de lui, habitué au grand air de la campagne, aimant travailler la terre et être près de la nature, il semblait déstabilisé par le phénomène survenu quelques heures plus tôt. Son regard se faisait nerveux, clignant des yeux souvent, cherchant à se remémorer la chronologie des événements. Elle mena son interrogatoire de façon précise et directe, habituée au contact humain de par sa formation médicale.

— Non, rien de particulier ne s’est passé… sauf peut-être un silence lourd ce matin très tôt… Arrivé à l’étable, aucune vache n’était à la porte, ce qui est inhabituel. Je me demandais ce qui se passait, j’ai senti une sorte de frisson me parcourir lorsque par la fenêtre de l’étable, je les ai vues, éparpillées dans le champ, étendues, mortes…

Alex jeta un coup d’œil à la fenêtre.

— On ne les voit pas d’ici, mentionna le fermier à son intention.

— Ensuite ? demanda Nora.

— J’ai appelé le COM comme prescrit dans toute situation inhabituelle. Je n’ai pu dire que quelques mots et aussitôt le téléphone a cessé de fonctionner. Puis l’électricité fut coupée.

Alex leva la tête.

— L’électricité et le téléphone ?

— Ça arrive des fois… répondit le fermier.

— Ça arrive des fois ? Vous êtes pourtant branché sur le réseau ?

— Oui bien sûr. Mais quelquefois une panne survient.

Alex regarda la jeune femme. Comment le réseau fait-il pour avoir des pannes ? Nora, saisissant sa pensée, sentit l’impatience le gagner. C’est vrai, ce n’est pas si sorcier après tout, se rappela-t-elle de la récente conversation. Se tournant vers Georges, elle poursuivit.

— Et puis ?

— J’ai voulu démarrer le générateur électrique, mais rien à faire. Aucun déclic, aucun semblant de départ, comme si je faisais tout simplement tourner des engrenages les uns sur les autres.

Alex étudia le regard de l’homme. Il cherche ses mots… Nora, après une courte pause, enchaîna sur la question suivante.

— En vous levant ce matin, comment vous êtes-vous senti ? Faible, fatigue anormale, saignements de nez, difficultés respiratoires ?

***

À suivre.

Maran’atha.

*Jñani : un être réalisé et non ignorant sur son chemin.

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