Publication du premier chapitre

Yai Malena Jñani*

Je te propose de partager avec toi le premier chapitre du livre I, du premier tome de Aouma Sutra. C’est-à-dire la première partie et qui contient les 12 premiers chapitres. Si tu aimes, tu n’as qu’à cliquer sur ce lien pour choisir le format désiré. Aouma Sutra est disponible dans les populaires formats ePub et Kindle. Tu peux le télécharger gratuitement à partir d’Amazon, Smashword, Kobo, iTunes et autres. Sur cette page, tu as les liens vers les distributeurs incluant ceux mentionnés.

Sans plus tarder, voici le livre 1 contenant les deux premiers chapitres. Ils sont le prologue du récit.

Samedi 2 septembre 2045

Chapitre 1

Ferme expérimentale, Puys-des-Abysses, France.

Les grands champs de blé de la campagne sud-est de la France étaient balayés par un vent nocturne. Ceux de la ferme expérimentale de Puys-des-Abysses, communauté avoisinant la petite ville du même nom, ne faisaient pas exception. La nuit était déjà fort avancée, lorsque soudain, le vent se coucha. Un silence inhabituel se mit à planer sur les champs et la ferme malgré l’aube éclaircissant l’horizon. Les grillons se turent. Les vaches levèrent leur tête. Quelques meuglements se firent entendre dans l’enclos. Dans la grande cour de la ferme, un chien se dressa et aboya. Ses jappements se perdirent en écho lorsqu’il alla rapidement se cacher sous le balcon. Un chat bondit du toit de la remise de jardin et courut se réfugier parmi les hautes herbes. Dans le cabanon de la cour, un appareil aux formes étranges émettait une lumière bleutée. Sur son petit écran-témoin lumineux, d’étranges lignes ondulatoires vacillaient et oscillaient de façon irrégulière. L’appareil sembla compenser les variations ondulatoires vers une direction précise, préétablie, planifiée et surtout régulière. Brusquement, les lignes changèrent diamétralement de direction et de couleur. L’écran s’éteignit. Un peu plus loin, dans l’enclos, les vaches tombèrent les unes après les autres sur le sol, inanimées.

Salle de conférence, ONU, New York, États-Unis d’Amérique.

Tous les membres de l’Organisation des Nations Unies étaient rassemblés dans la grande salle de conférence à écouter l’important discours de la secrétaire d’État. Malgré sa courte taille, de longs cheveux châtains tressés à l’arrière, une peau claire typiquement caucasienne et des yeux bleus perpétuellement à l’affut, elle avait su imposer respect et rigueur dans sa démarche aux Nations Unies. Elle avait préparé ce discours depuis de longs mois, s’assurant que chaque donnée ait été vérifiée. Le constat en avait été déplorable.

— … de cette crise dont ont à faire face les peuples et tout développement économique et social qui leur sont associés. Nous avons fondé nos valeurs sur les droits de l’homme. Mais quels sont-ils alors que les ressources naturelles sont épuisées ? Des océans vides dû aux surpêches excessives, des fermes d’élevage dont le bétail engraissé aux hormones crée davantage de problèmes de santé que rassasier la faim, des champs agricoles rendus excessivement appauvris par les miracles de la science biochimique, sans parler de nos réserves d’eau potable qui sont désormais et officiellement contaminées et ce peu importe où elles se situent sur la planète.

Marie Polindovak fit une pause, laissant les membres de l’assemblée reprendre leur souffle.

— Ces dissonantes notes de musique déboulent en une cacophonie, poursuivit-elle. La réaction en chaîne du phénomène humain arrive à bout de souffle dans sa lancée sur la planète. À première vue, nous sommes pris dans un cercle vicieux, celui dont on ne sait comment s’en sortir.

Un silence s’abattit sur l’assemblée, non pas par l’état alarmiste de la nouvelle, car chacun savait très bien à quel point l’homme avait puisé sans limites dans les ressources planétaires, mais par la reconnaissance maintenant officielle de cet état de fait, comble de la bêtise humaine.

— Cependant, poursuivit-elle, il m’est permis de croire que notre planète survivra sans peine. La seule question qu’il nous reste à résoudre est la suivante. Est-ce que nous, occupants envahisseurs et assoiffés de pouvoir, allons survivre ? Sommes-nous prêts, nous humains, au grand changement qui s’impose ? Pouvons-nous faire plus que seulement conserver un état chancelant de paix ?

Après une autre pause, laissant le temps nécessaire à chacun de répondre à la question, elle conclut en de simples mots.

— En ce samedi deux septembre deux mille quarante-cinq, soit exactement cent ans après la fin définitive de la Seconde Guerre mondiale, je suis forcée d’admettre que nous avons une autre guerre à remporter. Celle d’éviter l’extermination du genre humain. Celle d’améliorer la qualité de vie de tous les peuples de la Terre. Celle de poser les pierres qui seront la fondation d’un futur solide pour la race humaine, nos enfants. Et pour la gagner cette guerre, il nous faut trouver des solutions durables… maintenant ?

Karsts du Maros, Sulawesi, Indonésie.

Keala marchait déjà depuis plusieurs heures dans un dédale sombre rendu étouffant par l’humidité suintant sur les murs d’une des plus vieilles cavernes au monde. Les peintures préhistoriques, empreintes de mains principalement, de l’entrée laissaient la trace d’occupation humaine, probablement celle des premiers voyageurs africains en territoire asiatique. Malgré cela, jamais il ne lui était venu à l’idée qu’elle n’avait fait tout ce chemin que pour admirer ces fresques. Elle ne pouvait mettre en doute la parole de celui qui l’avait guidée, autant dans sa vie personnelle que vers ce lieu enfoui dans les profondeurs du temps et de l’espace. Comme s’il avait lu dans ses pensées, Cristian la rassura.

— Nous approchons de la voûte principale.

Ils marchèrent encore une bonne trentaine de minutes sous les crépitements de la torche, puis l’air se rafraîchit, contrastant avec la lourdeur des corridors sinueux parcourus depuis leur entrée dans la matinée. Combien de mètres avaient-ils parcourus sous le niveau du sol ? Elle l’ignorait. Cela n’avait pas d’importance. Plus rien d’ailleurs n’en avait depuis sa rencontre avec cet homme cinq ans auparavant. Comme un chemin déjà tracé, déjà vécu, déjà vu, ils s’étaient instinctivement reconnus, et retrouvés. Et maintenant, ils avaient abouti dans cette grotte qu’on disait magique. Cristian alluma d’autres torches posées à même les murs. La lueur éclaira d’étranges formes dessinées, ou plutôt incrustées, sur les murs qui n’avaient rien de semblable avec les fresques de l’entrée, puis se poursuivaient sur le sol, rejoignant le centre de la pièce, et se terminaient en une sorte de table sculptée à même le sol, ressemblant étrangement à un calice, recouvert d’une épaisse peau de mammouth. Elle leva le regard vers la voûte arc-boutée. D’autres configurations géométriques y avaient été sculptées. Elle reporta son regard vers le centre de la pièce. Elle devina une forme sous la peau velue. Elle en connaissait l’origine. Elle s’en approcha, caressant la peau millénaire, surement celle d’un mammouth. Comme elle se devait d’agir, à son tour comme nouvelle initiée, elle la souleva et découvrit un livre. Les lignes tracées, les symboles y figurant, les caractères ressemblant à des lettres… Tout prenait l’allure d’un secret ésotérique aux allures mystiques. Elle ne reconnut même pas le langage écrit.

— Ce n’est pourtant pas du sanskrit ? demanda-t-elle.

— Ce n’en est pas effectivement. Ce serait plutôt son lointain ancêtre, le précurseur de toutes les langues, celui du peuple mère.

Keala resta stupéfaite. Le peuple mère… Comment ce livre a-t-il pu subsister jusqu’à nos jours ? Elle prit une profonde respiration. Elle en approcha la main, posa les doigts sur les étranges signes, inspirant le son à engendrer.

— Comment le lire ?

— À toi de me le dire. Plus rien n’existe pour nous en donner le sens. Il faut donc que tu puises en toi pour en trouver la signification.

— Mais je n’ai aucune formation en linguistique ?

Cristian s’approcha.

— Laisse-toi guider, regarde la position des lettres, elles se lisent en laissant onduler l’esprit sur les formes. Suis également les symboles, car plusieurs illustrent la façon de poser la voix, puis laisse les sons s’imager dans ton esprit. Cet endroit et cette pierre t’y aideront. Ce socle est en fait un catalyseur. Cette pièce est bâtie selon un très vieil enseignement et en est un amplificateur.

— Un amplificateur ?

—… Énergétique. La source de l’énergie peut être une brindille, une parole ou une seule pensée. Par les formes, les angles, les matériaux utilisés dans cette pièce, la demande est exponentiellement multipliée et amplifiée. La brindille deviendra arbre, car sa vibration en possède tous les attributs. On parle d’ondes de forme. Comme tu le sais, tout est vibration, et qui parle de vibration, parle de fréquence et d’ondulation. Et chaque ondulation suit une forme particulière. Le meilleur exemple est la pierre lancée dans l’eau. Si elle est petite, elle crée de petites ondulations à sa surface. Si elle est grosse, les ondulations seront plus hautes et espacées. Bientôt, cette science deviendra connue, et plus vite que tu ne le crois. À toi d’en faire partie.

Keala soupira… La pression se fit énorme. Oui, elle désirait faire partie d’un monde différent, mais elle voulait surtout participer à le bâtir, la principale raison de toute sa démarche spirituelle.

— Conserve ton rythme respiratoire en ne te concentrant que sur l’essentiel. Comme tu l’as fait si souvent, laisse tes sens s’éveiller, ta perception devenir hypersensible. Laisse le serpent s’infiltrer et monter en toi. Tu percevras alors ce qui doit être perçu, si tu sais rester neutre dans l’interprétation.

— Rester neutre…

— Oui, car on peut interpréter les sons de différentes manières et alors s’ensuit une compréhension faussée. Cela dépend de l’éducation reçue, la philosophie de vie et les croyances religieuses.

Elle comprit alors l’essence même de tout ce parcours initiatique. Il faut se débarrasser d’un tas de bagages émotionnels de toutes sortes accumulés au cours de sa vie avant d’entreprendre une telle quête !

Elle ouvrit le bouquin. Les mots écrits sur l’épaisse première page frappèrent l’imagination.

Centre de Protection et Restauration biologiques Baie Junquillal, Costa-Rica.

Des silhouettes sortirent une à une de l’immense forêt entourant le centre de protection et restauration biologiques. Ils arrêtèrent leur marche au pied d’un des longs tubes verticaux, des localisateurs d’ondes personnelles, communément appelé LOPs. Leur lueur bleutée éclairait à peine les ombres furtives. L’une d’elles voulut aller de l’autre côté du LOP, mais aussitôt une lueur bleutée l’entoura, l’empêchant d’avancer davantage. Toute intrusion au-delà de ces défenses invisibles était impossible. Une autre ombre sortit différents outils de son sac. Un tintement métallique se fit entendre. Une faible lumière fut perçue en provenance de ce qui ressemblait à un appareil électronique. Pourtant, sans qu’aucune parole ne soit échangée entre eux, une routine fut exécutée mécaniquement. Un appareil fut érigé. Une autre ombre fut faiblement éclairée par une lumière diffuse jaunâtre, en provenance d’un autre appareil. Il le porta au-dessus de lui. Il semblait étudier, ou mesurer quelque chose. La lumière devint verdâtre, puis fut de la même intensité et couleur que les LOPs. L’ombre baissa l’appareil. Ses doigts entrèrent différentes données sur un écran. Une ligne bleuâtre apparut. Celle-ci se mit à onduler. Une deuxième ligne apparut au-dessus de la première, présentant une ondulation plus rapide. Puis celle-ci se mit à ralentir son rythme. Au bout de quelques secondes, les deux lignes ondulaient au même rythme. À ce moment, un immense arc électrique apparut au-dessus d’eux, puis disparut tout aussi rapidement, emportant avec lui la lueur bleutée des LOPs. Deux ombres franchirent rapidement les quelques mètres les séparant du centre. Ils fracassèrent la porte du laboratoire tout aussi rapidement et les ombres y pénétrèrent sans plus attendre. Le silence fut interrompu subitement par plusieurs cris humains qui s’étouffèrent au son de pétarades.

Karsts du Maros, Sulawesi, Indonésie.

Combien de temps s’est écoulé depuis l’inscription de ces mots, de ces formes ? Keala imagina un fluide parcourir et maintenir la vie telle qu’elle devait être… Ce fluide faisait partie de sa vie également. Elle en avait expérimenté sa force et sa vivacité à plusieurs reprises. Elle maîtrisait parfaitement cet état subtil tout en étant consciente de son environnement. Elle attendit. Elle contrôla sa respiration. Elle abaissa ses paupières. Elle porta attention à son rythme cardiaque qui ralentissait. Des images prirent forme, des paroles se firent entendre, subtiles, mais présentes autant à son imagerie mentale que verbale. Elle récita, ou répéta, tout en interprétant à la fois dans sa propre langue, les images et les sons, à haute voix.

 

– Ŏƈʈλʈẹμɋμe ɗẹ Mλŋλӄʎΐ –
Il fut plusieurs temps où l’âge d’or de l’homme arriva. La splendeur de son règne lui apporta gloire sur les mondes du dessous et du dessus. C’est alors que le peuple mère reçut le Hoerah qui dévoile la sexte, l’instrument par lequel on atteint l’Iu.
– Ŏƈʈλʈẹμɋμe ɗẹ Mλŋλӄʎΐ –
Il put alors voir au-delà du perceptible, outrepasser le cycle karmique, aller en deçà des mondes et expérimenter l’omniscience, vivre aux confins de l’infini, détenir un pouvoir absolu et connaître le grand Tout.
– Ŏƈʈλʈẹμɋμe ɗẹ Mλŋλӄʎΐ –
Pourtant l’homme persista dans une seule voie, jugée digne de son héritage supérieur, soit celle de l’intelligence.

Vatican, Rome.

Les vieux doigts du pape tournèrent une autre page, jaunie par le temps, d’un épais bouquin. Les yeux, bien qu’encore vifs, se fermèrent, fatigués par la lecture prolongée. Il les ouvrit, et relut la dernière ligne. Il hocha la tête comme si tout venait de prendre un sens. Il se leva en s’appuyant sur le revers de la chaise. Une main l’aida. Le vieil homme leva son regard.

— Les temps sont arrivés…

— Les temps ? Quels temps ? demanda Père Lorenzo.

Le Saint-Père soutint le regard. Un rictus se dessina sur son visage.

— Les temps de laisser notre place. D’autres bergers viendront et porteront le nouveau souffle, un message d’espoir, la bonne nouvelle promise !

— Mais… Nous avons été et sommes encore ces bergers, répondit-il.

D’un revers de la main, le Saint-Père balaya les futiles paroles se voulant encourageantes.

— Soyons réalistes, nous ne sommes devenus que des icônes servant de béquilles à un peuple en attente de nouveaux saints et de leurs miracles.

Il se tut quelques secondes, reprenant son souffle.

— Où est cette chrétienté, ce cœur, cette âme ? Où se trouve le bon samaritain ? Celui qui serait prêt à sacrifier son bonheur, son pouvoir, sa fortune pour sauver une âme ? Vous, Père Lorenzo ?

Il retourna son regard vers celui de son assistant. Ce dernier l’essuya à peine quelques secondes, puis ferma les yeux.

— Mon ami et cher frère, dit le Saint-Père en tapotant la main aidante, lorsque je regarde cette Église, je ne vois que d’impies fantoches habillés de pourpre et d’or se mouvant selon la volonté de l’appât du gain.

Il fit quelques pas vers la sortie.

— Des athées, voilà ce que nous sommes devenus.

Salto Ángel, Venezuela, Amérique du Sud.

Un jeune garçon arriva au sommet du tepuys, le Salto Ángel, l’un des endroits les plus remarquables et saisissants du Venezuela. Le garçon regarda le chemin parcouru, mais son regard se perdit dans la noirceur. Seules les torches allumées tout le long de la montée illuminaient la pente escarpée. Par chance qu’une longue corde y avait été attachée pour se rendre jusqu’au sommet. L’accès au plateau avait été la plus difficile montée depuis son arrivée en Amérique du Sud, surtout en pleine nuit. Il reporta son regard vers le plateau. Le quartier de lune aida à deviner le relief au sommet plat bordé de hautes falaises. Le son d’une rivière retint son attention. Il s’y dirigea puis suivit le courant avec prudence. Il entendit un vrombissement sourd. Il s’arrêta, vit un rocher surplombant la rivière et s’y allongea. La rivière se jetait impétueusement dans le vide. Les cheveux noirs en broussaille sous le vent et son teint cuivré se perdaient dans la nuit, mais ses yeux brillaient d’excitation. Il les porta vers l’horizon. Où est la porte ? se demanda-t-il. Il fut rejoint par un homme portant une torche. La flamme éclairait son visage. Une peau davantage foncée que cuivrée, cheveux noirs, il aidait un vieil homme, portant également une torche, à franchir les derniers mètres.

— Dis Luan, c’est beau hein ?

Il se pencha vers la chute, portant la torche au-dessus. Le grondement de l’eau se jetant dans le vide frappait l’imagination.

— C’est surement spectaculaire en effet, répondit-il, mais ce serait mieux en plein jour afin d’en apprécier la grandeur.

Le vieil homme se pencha vers le bord de la falaise.

— Kerepakupai Vená, dit-il en pointant la chute de sa torche.

— La cascade du lieu le plus profond, traduisit Manuel.

S’éclairant de la torche, Luan consulta son manuel de topographie.

— Oui je vois… le Salto Ángel, ou le « saut de l’ange », comme on l’appelle. Cette chute est la plus haute du monde, 979 mètres de hauteur et elle se jette dans le Rio Churun. Et nous avons les pieds sur un socle de grès d’environ deux milliards d’années. Surement qu’il est encore ici pour encore un autre bon bout de temps.

Il souleva la torche vers le plateau.

— Mais où est la porte ? Tu es sûr d’avoir bien compris ce qu’il a dit ?

— Je crois bien que oui. Toi-même tu le comprends.

— Un peu, le mélange d’espagnols et portugais ça va, mais l’arekuna est difficile à comprendre.

Le vieil homme pointa l’horizon. Il s’adressa au garçon.

— Il parle de la porte, celle qui permet de voyager et d’aller au-delà de ce que les yeux peuvent voir, traduisit-il.

— Manuel, demande-lui si la porte existe toujours.

Il traduisit. Le vieil homme répondit tout en pointant un autre sommet, plus haut.

— Auyan Tepuy

— Il dit qu’elle est à Auyan Tepuy, la terre du début du monde, la montagne du Diable.

Malgré la noirceur, Luan rouvrit son manuel topographique et trouva le lieu mentionné.

— L’Auyan Tepuy… Oui, je le vois… Environ dix kilomètres en amont. Il n’y a vraiment pas moyen d’attendre que le jour se lève ?

— Non, tu le sais bien…

— Il faut y être au moment de la sexte, la sixième heure… oui je sais… répéta machinalement Luan, comme une leçon bien apprise.

Salle de presse, ONU, New York, États-Unis d’Amérique.

Bien que l’heure fût tardive, Marie Polindovak répondait aux nombreuses questions des journalistes.

— Que pensez-vous de l’avenir si aucune solution n’est trouvée ?

— Je crois que nous retournerons à cet âge de pierre dans les pires conditions. Comprenez bien que la sonnette d’alarme a été déclenchée il y a longtemps et nous avions prétendu l’avoir entendue, mais en fait nous avons fait la sourde oreille.

Une autre question fusa aussitôt.

— La viande synthétique est sur nos tablettes d’épicerie depuis plusieurs années déjà et se révèle un excellent substitut alimentaire. Qu’en est-il des autres aliments comme les fruits et légumes synthétiques ?

— Nous utilisons ces produits alternatifs en cas de grand besoin. Cependant, la création de fruit et légumes est loin d’être concluante. Je crois que ce pourrait être une solution envisageable à long terme, mais malheureusement, nous n’aurons pas tout ce temps devant nous pour voir de probants résultats.

— Qu’en est-il des stabilisateurs agricoles ?

Marie ne sut que répondre. Que sont des stabilisateurs agricoles ? se demanda-t-elle. Elle se tourna vers son adjoint, l’attendant dans les coulisses. Il croisa son regard. Elle fronça légèrement les sourcils. Il comprit immédiatement le sens et la portée du bref coup d’œil. Le journaliste répéta la question, ramenant l’attention de Marie.

— Qu’en est-il des stabilisateurs agricoles ? Ils sont reconnus d’une efficacité à toute épreuve et sont en fonction dans plusieurs pays producteurs dont le Brésil, le Canada et ici même, aux États-Unis. Pourquoi l’ONU n’en fait-elle pas sa pierre de lance pour faire face au problème alimentaire mondial ?

— Nous sommes en période d’analyse et d’ici peu nous prendrons position, répondit-elle brièvement pour se sortir d’une situation gênante. Ce sera tout pour aujourd’hui mesdames et messieurs. Merci.

Puis elle quitta précipitamment la salle de presse, en route vers son bureau. Elias Prats, son assistant, la suivit de près.

— Comment se fait-il que je ne sois même pas informée de ces « stabilisateurs » ?

Son adjoint tenta tant bien que mal de suivre le pas.

— Les dossiers s’accumulent et nous manquons de ressources pour en faire le suivi.

Elle s’arrêta sur-le-champ.

— Regardez-moi aller, vous aurez de la difficulté à me suivre aussi si je n’ai pas ce dossier sur mon bureau d’ici la prochaine heure !

Au-dessus de l’aéroport de Los Angeles, Californie, un jet amorçait sa descente.

Un homme tenant son récepteur portatif d’une main exultait à l’écoute de son interlocuteur.

— Racontez-moi tout en détail ? annonça-t-il.

Il acquiesça la tête plusieurs fois d’affilée, sourire pendu à ses lèvres moites.

— Alors maintenant, vous vous tenez sur le pied de guerre, à tout instant peut survenir une panne ou toute autre demande et au moindre prétexte, vous foutez votre nez dans leur affaire !

Puis il ajouta sans laisser le temps à son interlocuteur de répondre.

— Je me moque du comment et du pourquoi, et n’ai pas à vous fournir plus d’explications… Vous vous débrouillez pour le faire, c’est pour ça que je vous paie après tout !

L’hôtesse de bord se présenta à ses côtés.

— Monsieur Johnson, nous sommes en descente et allons toucher le sol sous peu. Nous vous demandons de bien couper toute conversation téléphonique s’il vous plaît.

Le petit homme bourru roula son visage vers cette dernière.

— Je n’ai pas terminé… Et… vous êtes nouvelles, n’est-ce pas ? Alors voilà, je n’ai pas de cellulaire, mais un iMats.

— Monsieur Johnson, toute communication risque de perturber nos communications avec la tour de contrôle et…

— Intelligent Molecular Amplification Telecommunication System, c’est ça un iMats, ça ne dérange rien à quoi que ce soit.

— Oui, mais…

— Hé bien, remontez, c’est tout ! On atterrira plus tard ! se contenta-t-il de dire.

Karsts du Maros, Sulawesi, Indonésie.

Keala poursuivait la lecture.

 

– Ŏƈʈλʈẹμɋμe ɗẹ Mλŋλӄʎΐ –
Ainsi, il s’enfonça dès lors dans son propre monde et transforma cet âge doré en âge de pierre. Il dut semer la vie et apprivoiser l’état primitif dans lequel, à nouveau, il eut instruit son propre habitat.
C’est à ce moment que l’homme entreprit ses cycles de vie.

Yakoutsk, République de Sakha, Russie.

Un homme entra dans l’un des plus riches édifices surplombant la ville portuaire longeant le fleuve Lena, à quatre cent cinquante kilomètres au sud du cercle arctique. Il monta immédiatement à l’étage supérieur tout en sortant un pistolet électrique. Il l’arma et, sans faire de détour inutile, le pointa vers la secrétaire. Il mit son doigt en travers de sa bouche et du bout de son arme, pointa le téléphone. Il hocha la tête. La secrétaire acquiesça sous le regard perçant de l’Asiatique. Elle avait compris le message. Puis l’homme entra directement dans le bureau du président.

— Monsieur le président ?

Ce dernier reconnut l’homme, un japonais, comme étant l’homme de main faisant partie du plus riche et grand empire financier d’Asie.

— Monsieur Wakitsa vous fait dire bonjour…

Le président se leva prestement et tenta de sortir désespérément.

— … et bonsoir !

Il fit feu sans autre avertissement. L’homme reçut une violente décharge électrique et s’écroula. Il se mit aussitôt à saigner du nez, des oreilles et de la bouche. L’agresseur alla dans le bureau du vice-président.

— Monsieur désire vous parler.

Il lui tendit un iMats. Le vice-président hésita à prendre l’étrange appareil.

— Nouveaux appareils de communication, vous devriez vous mettre à jour, précisa le japonais.

L’homme le porta à son oreille.

— Ici Wakitsa… dit la voix.

Un silence suivit, puis Wakitsa reprit.

— C’est bien la production de diamants… mais les plants de pavot… ? Le « papaver somniferum » n’est malheureusement une panacée que trop lucrative pour votre entreprise. Vous avez besoin de revenus d’appoint ?

Le vice-président aurait bien voulu en rire, mais le corps du président gisait dans le bureau voisin.

— Vous liquidez votre marchandise et vous mettez le feu à vos champs de récoltes, ajouta Wakitsa. L’entreprise ferme ses portes. Un spécialiste reprendra les stabilisateurs, plus un certain pourcentage de vos précieux cailloux. Les autres, vous en faites ce que vous voulez ! Votre principal actionnaire en aura surement besoin pour décorer son jardin ! Communiquez cette mise en place à votre personnel et vos entreprises connexes. Les trous que vous avez faits dans le sous-sol de la planète disparaîtront bientôt.

— Vous êtes fou !? Votre homme ne sortira pas vivant de la ville !

— Un stabilisateur fait des dégâts irréparables s’il n’est pas judicieusement ajusté, n’est-ce pas ? Imaginez lorsqu’il est accouplé à un générateur !

L’homme comprit l’allusion. Wakitsa aurait pu contrôler une mort à distance à l’aide des ondes de forme du président, sans laisser de traces.

— Pourquoi avoir envoyé votre homme salir mes tapis alors ?

— Disons que c’est plus spectaculaire, surtout avec un yakusa ! Ils sont assez efficaces pour vous expliquer le vrai sens du message. Mais c’est dommage que ça prenne toujours un exemple pour vous le faire comprendre.

Le vice-président jeta un coup d’œil à l’assassin qui demeurait impassible.

— Un dernier point, poursuivit Wakitsa. Il serait dommage que j’aie à vous recontacter. N’oubliez pas que vous faites maintenant partie de ma « liste ».

Le yakusa reprit l’appareil, et sortit tranquillement du bureau. Un des gardes appelés en renfort vint pour intervenir, mais le vice-président leva la main pour l’arrêter. Il hocha la tête, et prit une profonde respiration. Il venait de se piéger en prenant l’appareil, communiquant ses propres longueurs d’onde.

Karsts du Maros, Sulawesi, Indonésie.

Keala prit une profonde respiration et entama un autre paragraphe.

 

– Ŏƈʈλʈẹμɋμe ɗẹ Mλŋλӄʎΐ –
C’est à ce moment que l’homme tomba dans le bãb’ill-yum’a, le coma karmique.
– Ŏƈʈλʈẹμɋμe ɗẹ Mλŋλӄʎΐ –
C’est à ce moment que s’effaça de la mémoire de l’homme l’essence même de l’Iu, emportant la connaissance et la porte du Tout.

Congrès international de biophysique, Berlin, Allemagne.

Au palais des congrès de Berlin, les nombreux scientifiques, mécènes et membres d’organisations importantes sur la santé occupaient tous les sièges. L’enthousiasme se lisait sur les regards envers leur conférencier.

— … Comme vous l’avez constaté précédemment, nous avons pu établir après vingt années de recherches, autant sur la banque de données génomiques que les nombreux travaux sur les techniques d’ingénierie tissulaire, que tous les organes défectueux du corps, qu’ils soient en perte d’autonomie due à un vieillissement dit normal ou à une transmission génétique, peuvent être revus et corrigés. Chez Biosync, nous ne parlons plus de chirurgie, de clonage ou même de thérapie moléculaire reposant sur des cellules-souches, nous parlons de nano biotechnologie ! Une thérapie entièrement génique pour une vie saine et prospère. Nous n’avons qu’une vie, vivons-la pleinement et en parfaite santé ! En terminant, je me dois de souligner que grâce à l’apport des différentes associations et paliers intergouvernementaux de l’organisation mondiale de science génique, chez Biosync nous sommes l’avenir dès à présent !

L’assistance se leva tout en acclamant la fin d’un long discours présentant un remède aux maux grandissants de l’humanité. Sous ce tonnerre d’applaudissements, Daniel Burri salua l’assistance nombreuse, si généreuse d’apporter un soutien enthousiaste, et mérité, aux derniers travaux de son laboratoire. Il descendit vers l’assistance serrer les nombreuses mains. Nous allons nous remettre sur pieds ! On est revenu sur la scène !

*

Maran’atha.

*Jñani : un être réalisé et non ignorant sur son chemin.

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